Afrique du Sud: la journée antimigrants s'est soldée par des pillages et arrestations
Étagères dévalisées et magasins saccagés: la journée de mobilisation nationale contre les immigrés clandestins en Afrique du Sud mardi a donné lieu à des pillages et s'est soldée par 900 arrestations dans le pays, a rapporté la police mercredi.
Plusieurs milliers de Sud-Africains sont descendus dans les rues mardi pour demander le départ de tous les clandestins du pays, répondant à l'appel d'une mosaïque d'organisations citoyennes soutenues par plusieurs partis politiques.
La cheffe adjointe de la police nationale Tebello Mosikili a souligné mercredi lors d'un point-presse que la journée avait été très largement pacifique, relevant toutefois un certain nombre d'"agissements criminels", notamment des pillages.
A Clermont, près de la grande ville portuaire de Durban (est), des pillards ont attaqué plusieurs magasins, ont rapporté leurs propriétaires à l'AFP. Certains ont estimé leurs pertes à plusieurs millions de rands (plusieurs centaines de milliers d'euros, Ndlr).
Mohamed Abdul, 29 ans, raconte qu'un groupe d'individus a fait irruption mardi vers 18H00 dans son magasin d'alimentation, de vêtements et d'outillage.
"Nous ne sommes pas en situation irrégulière dans le pays mais ils se sont mis à nous piller (quand même). J'ai eu très peur et je me suis senti trahi car nous employons ici 19 personnes et elles sont toutes sans emploi aujourd'hui", témoigne-t-il.
"Les manifestants nous criaient dessus et nous lançaient des injures en zoulou", ajoute-t-il.
Originaire de Somalie, Abdul est installé en Afrique du Sud depuis 11 ans.
"La population locale me connaît et ceci est l'un des principaux magasins sur lequel les gens comptent; nous avions l'habitude de faire des dons aux familles qui n'ont rien", poursuit-il, désabusé.
La police était déployée en force mardi, en ce premier appel à une journée de mobilisation nationale de la campagne antimigrants. Des sociétés de sécurité privée et l'armée étaient également mobilisées dans certains endroits.
Au total, 120 cortèges ont été recensés mardi dans le pays, dont 12 ont nécessité une intervention des forces de l'ordre.
Sur les 900 personnes interpellées en 24 heures, la grande majorité sont des étrangers en situation irrégulière, la police multipliant ces dernières semaines les descentes et contrôles d'identité inopinés dans la rue.
Selon le politologue sud-africain Henning Melber, la mobilisation de cette journée annoncée depuis des semaines n'a pas été aussi forte qu'attendu.
Les organisateurs se sont montrés "trop confiants dans leur popularité", abonde le chercheur en gouvernance Tendai Mbanje, qui estime que la participation aurait été moindre sans le soutien de certains petits partis politiques.
En revanche, "les dégâts sont désastreux pour le rôle de l'Afrique du Sud en tant que puissance hégémonique bienveillante sur le continent", estime Henning Melber à l'AFP.
V.Jackson--SMC