Le patron du Washington Post quitte le journal après de vastes suppressions d'emplois
Le Washington Post a annoncé samedi le départ immédiat de son directeur général et directeur de la publication Will Lewis, quelques jours après un vaste plan de suppressions d'emplois qui a ébranlé ce pilier du journalisme américain détenu par Jeff Bezos.
L'annonce d'un plan de suppression mercredi, d'environ 300 journalistes sur 800 selon les médias, a créé un choc, dans un contexte de rapprochement du propriétaire du journal et fondateur d'Amazon Jeff Bezos avec Donald Trump, un président qui attaque la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir.
Dans un courriel adressé au personnel et révélé sur les réseaux sociaux par l'un des journalistes du quotidien, Will Lewis déclare qu'"après deux années de transformation du Washington Post, c'est le bon moment" pour lui de "se retirer".
Il est remplacé immédiatement par Jeff D'Onofrio, directeur financier du Washington Post depuis l'année dernière après une carrière dans les plateformes et la publicité numériques, a annoncé le journal.
Le Britannique Will Lewis, ancien journaliste qui avait obtenu un scoop historique à la fin des années 2000 sur les dépenses des parlementaires au Royaume-Uni, avait été nommé avec la mission de redresser la barre du quotidien historique.
Le Washington Post, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années.
Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s'était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Mais quand le milliardaire républicain avait quitté la Maison Blanche, l'intérêt des lecteurs s'était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal perd de l'argent depuis plusieurs années, selon la presse.
- Hémorragie d'abonnés -
Il avait subi une hémorragie d'abonnés lorsque sa direction a refusé de prendre parti avant la présidentielle de 2024, remportée par Donald Trump.
Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s'est affiché au premier rang lors la cérémonie d'intronisation de Donald Trump, et dont le groupe Amazon a financé le documentaire Melania dédié à la première Dame. Ses entreprises ont d'importants contrats avec l'Etat fédéral, du stockage de données à l'espace.
"Sous ma direction, des décisions difficiles ont été prises, pour assurer un avenir durable au Post, pour qu'il puisse pendant de nombreuses années à venir publier des informations de haute qualité non partisanes à des millions de clients chaque jour", a indiqué Will Lewis.
Une grande partie des correspondants à l'étranger, dont l'intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient ainsi que ceux en Russie et en Ukraine, ont été licenciés. Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l'infographie sont aussi particulièrement touchés voire presque intégralement supprimés.
"C'est l'un des jours les plus sombres de l'histoire" du journal, avait regretté sur Facebook Martin Baron, ancien rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain.
Aux Etats-Unis comme ailleurs, les médias historiques sont en difficulté du fait de la baisse de leurs revenus publicitaires et des abonnements, face à la concurrence des réseaux sociaux et des recettes en ligne qui restent faibles par rapport à ce que rapportait autrefois la publicité imprimée.
Selon le Wall Street Journal, le Washington Post a perdu 250.000 abonnés numériques après s'être abstenu d’apporter son soutien à la candidate démocrate et le journal a perdu environ 100 millions de dollars en 2024 en raison de la baisse des revenus publicitaires et des abonnements.
Cependant, certains quotidiens nationaux américains comme le New York Times et le Wall Street Journal ont réussi à se redresser, ce que le Post, même avec un mécène milliardaire, n'a pas réussi à faire.
A.Hill--SMC