Un tueur en série allemand condamné à la perpétuité pour le meurtre de Jonathan
Vingt-deux ans après les faits, le tueur en série allemand Martin Ney a été condamné jeudi à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises de Loire-Atlantique pour le meurtre en 2004 de Jonathan Coulom, 10 ans.
L'accusé, qui purge déjà en Allemagne une peine de prison à perpétuité pour le meurtre de trois enfants, a écouté impassible le verdict, rendu après cinq heures de délibéré.
Martin Ney a clamé son innocence tout au long du procès et ses avocates avaient plaidé jeudi l'acquittement au terme de douze jours d'audience.
Sur le banc des parties civiles, la famille du petit garçon était en larmes à l'énoncé de la peine.
"Enfin justice a été rendue pour notre fils. Il va pouvoir reposer en paix", a déclaré devant la presse le beau-père de Jonathan.
L'avocate de sa mère, Me Catherine Salsac, a décrit le "soulagement" de sa cliente. "On connaît enfin la vérité", a-t-elle ajouté.
Pour l'avocate générale, le meurtre du petit garçon porte la "signature criminelle" de Martin Ney. Dans une salle d'assises comble, elle a affirmé jeudi matin n'avoir "aucun doute" sur sa culpabilité et a pointé la "gravité presque absolue" des faits.
Originaire du Cher, Jonathan a disparu dans la nuit du 6 au 7 avril 2004 lors d'une classe de mer à Saint-Brévin-les-Pins. Son corps, lesté d'un parpaing, a été retrouvé 43 jours plus tard dans un étang situé à une trentaine de kilomètres du centre de vacances.
- "Faisceau d'indices" -
Ancien éducateur originaire de Brême, aujourd'hui âgé de 55 ans, Martin Ney a été condamné en 2012 pour les meurtres de trois garçons âgés de 13, 8 et 9 ans, entre 1992 et 2001, et pour plusieurs agressions sexuelles sur mineurs.
Cette nouvelle condamnation française, assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans et d'une interdiction définitive du territoire, sera "nécessairement prise en compte dans un éventuel aménagement de sa peine" en Allemagne et constituera un "élément supplémentaire d'évaluation", a expliqué jeudi l'avocate générale.
Si Martin Ney a avoué les trois meurtres pour lesquels il a été condamné en Allemagne, il a toujours nié avoir tué Jonathan Coulom. Les 163 tomes de procédures ne contenaient à son encontre ni preuves matérielles, ni trace ADN.
"J'ai dévoilé tout ce que j'avais à dévoiler, l'affaire Jonathan n'en fait pas partie", a affirmé Martin Ney, accompagné d'une traductrice tout au long du procès.
"Le faisceau d'indices, c'est une preuve", a souligné l'avocate générale dans son réquisitoire.
Témoin-clé de l'enquête, un ancien codétenu - condamné en 2020 pour de fausses dénonciations - affirme depuis 2017 avoir recueilli ses aveux.
Selon son récit, Martin Ney lui a aussi confié avoir été aperçu à l'époque des faits par un "vieil homme" accompagné d'un chien "de race allemande".
Ses déclarations font écho au témoignage d'un agriculteur qui dit avoir croisé, un soir d'avril 2004, dans les environs du lieu de la disparition, une personne conduisant une berline immatriculée en Allemagne. L'agriculteur était alors accompagné de son berger allemand, détail inconnu des enquêteurs en 2017.
Les déclarations de son ancien codétenu sont "inventées de toute pièces", a répliqué l'accusé.
- "L'homme en noir" -
Au cours du procès, la présidente, Karine Laborde, a fait lecture de plusieurs messages postés dans les années 2000 sur un forum pédocriminel en ligne.
En avril 2004, avant la découverte du corps de Jonathan, Martin Ney écrit que "l'homme en noir", un inconnu à qui sont alors attribués ses trois meurtres, a "encore frappé".
"Je ne me suis jamais identifié à l'homme en noir, pour moi c'était un fantôme qui avait parfois un rapport avec les faits que j'avais commis, et parfois pas", a répondu l'accusé, rappelant qu'à l'époque, un autre meurtre, commis aux Pays-Bas et pour lequel un homme a depuis été condamné, est attribué à l'"homme en noir".
Lors de leurs plaidoiries, les avocates des parties civiles ont raconté les souffrances de la famille de Jonathan. Les dénégations de l'accusé sont un "outrage" à la mémoire du petit garçon, a estimé Me Catherine Salsac.
A.Hill--SMC