Nouvelle frappe contre l'aéroport de Ryad, au lendemain d'une attaque meurtrière
L'aéroport de la capitale saoudienne a de nouveau été ciblé dimanche, nouvel épisode d'une série d'attaques répétées après celle qui a fait douze morts samedi, la plus meurtrière en dix ans dans le royaume.
L'ampleur des attaques visant Ryad ces derniers jours est inédite depuis le début en 2014 de la guerre au Yémen opposant les Houthis aux forces gouvernementales, qui bénéficient du soutien militaire d'une coalition conduite par l'Arabie saoudite depuis 2015.
Le porte-parole de la coalition, le général Turki Al-Malki, a fait état dans l'après-midi d'une "attaque au moyen d'un projectile non identifié contre le terminal passagers numéro 4 de l'aéroport international King Khalid", où un incendie s'est déclaré.
Il a par ailleurs annoncé l'interception d'un "missile de croisière dans les environs de l'aéroport".
Cette attaque, comme celle de la veille, n'a pas été revendiquée à ce stade. Mais un peu plus tôt dimanche, les Houthis avaient renouvelé leur avertissement aux voyageurs, aux employés et aux compagnies aériennes, les enjoignant à ne pas utiliser l'espace aérien saoudien et les aéroports, "à l'exception" de ceux des villes saintes de La Mecque et Médine.
Ils "sont exposés aux frappes", avait averti Yahya Saree, leur porte-parole militaire, sur X.
- "Crime de guerre" -
Les combattants pro-iraniens avaient déjà revendiqué mercredi et jeudi des frappes contre l'aéroport de Ryad, qui ont fait six morts au total.
La coalition militaire menée par le royaume leur a imputé la frappe de samedi, dénonçant "un crime de guerre" auquel elle répondra "avec fermeté". Une source diplomatique l'a également attribuée à un missile houthi.
Les condamnations internationales de cette frappe sur une infrastructure civile ont afflué, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu condamnant une "horrible attaque terroriste".
"Ce qui s'est passé (...) n'est pas acceptable", a réagi Donald Trump samedi, indiquant qu'il allait examiner une possible participation américaine aux opérations militaires contre les Houthis, et s'entretiendrait avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume.
Les Etats-Unis n'avaient jusque-là pas donné suite à plusieurs demandes saoudiennes de soutien.
L'ONU, Paris, Londres, Berlin, Doha, Amman, Moscou, Bagdad et Islamabad ont condamné l'attaque de l'aéroport, qualifiée d'"escalade dangereuse" par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Malgré des différends diplomatiques avec Ryad, notamment au Yémen, les Emirats arabes unis ont exprimé leur solidarité envers le royaume et leur "soutien à toutes les mesures visant à préserver" sa sécurité.
- L'aéroport à l'arrêt -
Les autorités saoudiennes ont recensé 12 personnes tuées et 309 blessées à l'aéroport après l'attaque de samedi, mais le bilan pourrait être plus lourd, a indiqué à l'AFP un diplomate occidental basé à Ryad.
"Quatre ressortissants saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Égyptien, un Argentin, un Syrien, un Palestinien et un Soudanais", figurent parmi les morts, selon les autorités.
"J'ai vu des blessés. Tout le monde courait", a raconté à l'AFP un passager, qui attendait un vol près du terminal touché.
Après l'attaque de samedi, l'aéroport King Khalid devait rester fermé dimanche, selon deux sources du secteur aérien interrogées par l'AFP.
"Les opérations sont suspendues jusqu'à nouvel ordre", a déclaré une de ces sources, selon laquelle le radar et les équipements de communication ont été endommagés, et l'état des pistes doit être évalué.
Plusieurs ambassades étrangères ont recommandé à leurs employés d'éviter l'aéroport de Ryad pendant une semaine, a indiqué un diplomate occidental à l'AFP.
Le royaume doit accueillir ce mois-ci une série de grandes conférences internationales attirant dirigeants étrangers et personnalités du monde des affaires.
Plusieurs entreprises du centre d'affaires de Ryad ont mis dimanche leur personnel en télétravail, selon de nombreux employés, et les écoles de la capitale sont passées au distanciel pour la semaine.
- Frappes sur Sanaa -
Sur le terrain yéménite, les hostilités se poursuivent après l'offensive éclair lancée en septembre par les Houthis qui ont pris le contrôle sur la mer Rouge du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, déclenchant une contre-offensive gouvernementale.
Les Houthis ont rapporté dimanche deux frappes saoudiennes sur le gouvernorat de la capitale, Sanaa, tenue par le mouvement.
Des sources militaires du camp gouvernemental ont indiqué samedi à l'AFP que les forces yéménites avaient progressé autour du détroit, sans parvenir à le sécuriser.
Un responsable houthi a assuré que le mouvement tenait toujours l'île de Mayyoun, au cœur du passage maritime qui a gagné en importance depuis que Téhéran restreint la navigation dans celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.
A.Rogen--SMC