Projet de loi 8 : l’APEQ dénonce une menace à l’accès à l’éducation, à la qualification de la main-d’œuvre et à la réussite des adultes
« Il s'agit d'adultes qui cherchent à se donner une seconde chance. Le gouvernement n'a-t-il pas le devoir et la responsabilité de veiller à ce que chaque citoyen québécois puisse contribuer pleinement à la société ? », affirme Heidi Yetman de l'APEQ.
L'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ) dénonce le dépôt du projet de loi 8 par le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, qui vise à assujettir l'éducation des adultes et la formation professionnelle anglophones aux règles d'admissibilité de la Charte de la langue française.
Selon l'APEQ, cette mesure risque de réduire considérablement l'accès à l'éducation pour des milliers d'adultes souhaitant obtenir un diplôme, acquérir une qualification professionnelle, intégrer le marché du travail et enfin avoir l'opportunité d'améliorer leur sort. « Il s'agit d'adultes qui cherchent à se donner une seconde chance. Le gouvernement n'a-t-il pas le devoir et la responsabilité de veiller à ce que chaque citoyen québécois puisse contribuer pleinement à la société ? », affirme Heidi Yetman de l'APEQ.
Une enquête menée conjointement par l'APEQ et l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) auprès de 9 099 étudiants inscrits dans les centres anglophones d'éducation des adultes et de formation professionnelle révèle que 45,1 % des répondants pourraient perdre leur admissibilité au réseau anglophone. Parmi eux, seuls 17 % affirment qu'ils poursuivraient leurs études dans le réseau francophone.
Un risque pour la réussite éducative et la main-d'œuvre
Les centres anglophones d'éducation des adultes et de formation professionnelle accueillent des milliers d'étudiants chaque année et jouent un rôle essentiel dans la diplomation, la requalification professionnelle et l'intégration économique. Une telle politique va directement à l'encontre des besoins économiques du Québec.
Les secteurs les plus touchés seraient notamment la santé, la construction, les métiers spécialisés, la mécanique automobile, la soudure, l'éducation à la petite enfance, les services sociaux ainsi que l'administration et l'hôtellerie.
Des conséquences pour la population étudiante et le personnel enseignant
L'APEQ souligne également que le projet de loi pourrait entraîner la mise à pied d'enseignants qualifiés du réseau anglophone, alors que plusieurs centres de services scolaires francophones peinent déjà à recruter du personnel enseignant. Le nombre d'enseignants non légalement qualifiés au Québec est d'ailleurs passé d'environ 3 000 à 9 000 au cours des trois dernières années.
Même les étudiants admissibles qui pourraient poursuivre leurs études dans le réseau anglophone (les ayants droit) pourraient être pénalisés. Une diminution importante de la clientèle entraînerait la réduction de cohortes, l'annulation de programmes et la perte de services spécialisés, limitant l'offre de formation dans plusieurs régions.
Les étudiants valorisent le français
L'APEQ rejette l'idée selon laquelle les adultes fréquentant le réseau anglophone cherchent à éviter le français. Près de 90 % des répondants considèrent le bilinguisme comme important ou très important pour leur avenir professionnel. Plusieurs programmes offrent déjà des activités de francisation, du vocabulaire technique en français, des ressources bilingues et des stages en milieu de travail francophone.
« Ces étudiants veulent apprendre, travailler et contribuer au Québec. Ils ne rejettent pas le français. Ils choisissent simplement un environnement d'apprentissage qui leur permet de réussir leur parcours », rappelle l'APEQ.
Sans consultations, l'APEQ demande le retrait du projet de loi 8
L'APEQ déplore également l'absence de consultations, de collecte de données et d'analyses d'impact avant le dépôt d'un tel projet de loi. Compte tenu des répercussions majeures possibles d'une telle politique, tant sur le plan humain qu'économique, il est impératif de tenir des consultations plus larges auprès des groupes concernés avant son adoption. Dans un souci démocratique, le gouvernement doit donc prendre du recul.
Dans ce contexte, l'APEQ demande au gouvernement du Québec de retirer le projet de loi 8 et d'entreprendre une véritable consultation auprès des acteurs de l'éducation des adultes, de la formation professionnelle, des milieux économiques et des communautés concernées.
Selon l'APEQ, le succès d'une politique linguistique devrait se mesurer à la capacité des personnes d'obtenir un diplôme, de maîtriser le français, d'intégrer le marché du travail et de contribuer pleinement à la société québécoise.
À propos de l'APEQ:
L'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (QPAT) représente l'ensemble de ses 8 000 membres travaillant dans le secteur de l'éducation publique anglophone du Québec. Nous nous réunissons tous pour protéger nos droits individuels et œuvrer pour le bien collectif de tous les enseignants de la province, et aussi pour assurer des conditions d'apprentissage adéquates pour les élèves et une éducation publique de qualité au Québec.
Contact:
Julie Montpetit
[email protected]
514-249-9653
SOURCE: Quebec Provincial Association of Teachers
K.Evans--SMC