La frontière avec l'Egypte rouvre au compte-gouttes pour les Palestiniens de Gaza
Le passage de Rafah entre la bande de Gaza et l'Egypte, fermé depuis mai 2024, a rouvert lundi dans les deux sens pour les habitants, qui seront autorisés à traverser la frontière sous de très strictes conditions.
La frontière, dont la réouverture était réclamée par l'ONU et les organisations humanitaires, devrait pour l'heure rester fermée à l'entrée de l'aide internationale dans le territoire palestinien, ravagé par deux ans de guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas.
Un responsable israélien a annoncé lundi matin l'ouverture dans les deux sens du poste-frontière pour les habitants, après l'arrivée sur place de la mission européenne de surveillance EUBAM Rafah.
Selon un média égyptien, 50 personnes seront autorisées à transiter par jour dans chaque sens lors des premiers jours de la réouverture.
La télévision israélienne Kan a annoncé de son côté qu'environ 150 personnes devraient quitter lundi Gaza, parmi lesquelles 50 malades, tandis qu'une cinquantaine de personnes devraient y entrer depuis l'Egypte.
La frontière devrait ouvrir environ six heures par jour, selon Kan.
Une source à la frontière a indiqué à l'AFP que quelques dizaines de personnes étaient arrivées du côté égyptien en attendant de passer.
L'aide internationale venant d'Egypte transite jusqu'à présent par le poste-frontière israélien de Kerem Shalom, à quelques kilomètres de Rafah.
- "Bouée de sauvetage" -
Même très limitée pour l'instant, cette réouverture du seul passage entre Gaza et le monde extérieur était attendue avec impatience notamment par les malades ou blessés qui espèrent recevoir des soins à l'étranger.
Environ 200 malades, selon un responsable du ministère de la Santé de Gaza, attendaient dimanche de pouvoir passer en Egypte.
"Plus j'attends, plus mon état empire et je crains que les médecins ne doivent m'amputer des deux jambes", a raconté Zakaria, un homme de 39 ans blessé en décembre 2024 dans un bombardement israélien.
"Le point de passage de Rafah est une bouée de sauvetage. S'il ouvre, nos vies changeront", a confié un autre blessé, Mohammed Nassir. "J'ai besoin d'une opération sérieuse qui n'est pas disponible à Gaza mais qui peut être réalisée à l'étranger."
Pour Asma Al-Arqan, une étudiante palestinienne, l'ouverture de Rafah est synonyme d'un avenir meilleur. "Il n'y a absolument aucun avenir à Gaza. Nous attendons l'ouverture du point de passage afin de pouvoir aller poursuivre nos études à l'étranger", a témoigné la jeune femme.
La réouverture totale de Rafah est prévue par le plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin définitivement à la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque du Hamas sur le sol israélien.
Cette attaque a entraîné la mort de 1.221 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles.
Depuis cette date, au moins 71.795 Palestiniens ont été tués dans le petit territoire côtier par la campagne militaire israélienne de représailles, d'après le ministère de la Santé de Gaza, sous l'autorité du Hamas, des chiffres jugés fiables par l'ONU.
- Cessez-le-feu fragile -
Alors qu'Israël et le Hamas s'accusent quotidiennement de violer le cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre, le porte-parole à Gaza du Hamas, Hazem Qassem, avait prévenu dimanche que "toute obstruction ou condition préalable imposée par Israël" constituerait "une violation" de la trêve.
Les autorités israéliennes ont conditionné tout passage à l'obtention d'"une autorisation sécuritaire préalable" pour sortir de Gaza et y entrer, en coordination avec l'Egypte et sous la supervision de la mission européenne à Rafah.
Les Palestiniens souhaitant retourner à Gaza seront autorisés à emporter un nombre limité de bagages, sans objets métalliques ni électroniques, et avec des quantités limitées de médicaments, selon l'ambassade palestinienne au Caire.
Le poste-frontière est situé dans un secteur encore occupé par l'armée israélienne en deçà de la Ligne jaune, qui marque son retrait d'environ la moitié de la bande de Gaza aux termes de la première phase du plan Trump.
Sa réouverture devrait aussi permettre l'entrée à Gaza, à une date qui n'est pas connue, des 15 membres du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), chargés de gérer le territoire pendant une période transitoire sous l'autorité du "Conseil de paix" présidé par Donald Trump.
A.Lavoie--SMC