Anne-Claire Legendre, une diplomate chevronnée pour diriger l'Institut du monde arabe
Nommée mardi pour prendre la succession de Jack Lang à la tête de l'Institut du monde arabe (IMA), Anne-Claire Legendre est une diplomate chevronnée dont l'expertise sur le Maghreb et le Moyen-Orient est unanimement louée pour servir le prestigieux instrument d'influence française.
Cette conseillère du président Emmanuel Macron chargée de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient depuis fin 2023 devient, à 46 ans, la première femme à diriger l'IMA, après un vote à l'unanimité des 14 membres - dont 7 représentants de pays arabes - du conseil d'administration de l'IMA.
Elle est "compétente, substantielle et engagée avec une connaissance aiguë de chaque pays qui compose le monde arabe, que ce soit le Maghreb ou le Moyen-Orient", souligne auprès de l'AFP un ambassadeur siégeant au conseil d'administration.
Originaire de Bretagne, cette quadragénaire reconnaissable à ses cheveux blonds coupés courts parle l'arabe avec aisance, qu'elle a notamment appris à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
Elle est également diplômée de Sciences Po Paris et de la Sorbonne (Lettres modernes).
Après avoir occupé diverses fonctions au Quai d'Orsay - qui contribue pour moitié (12,3 millions d'euros) au budget de l'IMA - elle était déjà devenue la première et plus jeune femme consul de France à New York, en 2016, où elle restera quatre ans.
- Riposte française -
En 2020, elle devient ambassadrice au Koweit, avant d'être rappelée à Paris à peine un an plus tard, pour incarner le porte-parolat du ministère des Affaires étrangères.
A ce poste, elle affûte la riposte française face aux campagnes de désinformation russes. Elle obtient ainsi la création, à l'été 2022, d'une sous-direction "veille et stratégie" pour structurer la réponse aux narratifs étrangers.
Au Quai d'Orsay, certains lui reprochent parfois sa froideur, qui contraste avec le ton de ses conférences de presse hebdomadaires où elle se montre particulièrement à l'aise, maniant les éléments de langage sans jamais sortir du cadre imposé.
La diplomate contribue à rendre visible la fonction de porte-parole du ministère en multipliant les interventions à la télévision et sur les radios pour expliquer la position de la France sur les principaux dossiers du moment, en particulier la guerre en Ukraine et l'activisme des mercenaires du groupe russe Wagner en Afrique.
En décembre 2023, Anne-Claire Legendre devient conseillère Afrique du nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de l'Elysée, sous la responsabilité de l'indéboulonnable Emmanuel Bonne qui l'a cooptée en pleine recrudescence du conflit israélo-palestinien.
- Terrains minés -
La période est alors délicate pour le président français Emmanuel Macron, dont la politique étrangère dans la région est critiquée jusque dans les rangs des diplomates français qui la jugent illisible.
Peu avant l'arrivée d'Anne-Claire Legendre à l'Elysée, une note interne avait fuité dans la presse, dénonçant un positionnement pro-israélien du président et le manque de concertation avec le Quai d'Orsay. La porte-parole du Quai recadre alors les ambassadeurs et assure que les diplomates du ministère travaillent en étroite collaboration avec la cellule diplomatique de l'Elysée.
Auprès d'Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre est la principale instigatrice de la reconnaissance d'un Etat palestinien par la France en septembre dernier, selon des sources diplomatiques à l'AFP.
Cette reconnaissance, qui a suscité l'ire d'Israël, sera suivie d'un cessez-le-feu mais la solution à deux Etats vivant en paix côte à côte semble à bien des égards encore chimérique.
Cette reconnaissance reste néanmoins "un point fort pour l'ensemble des pays arabes membres" à mettre à l'actif de la diplomate, explique un des ambassadeurs membres du conseil d'administration de l'IMA.
Au-delà du délicat dossier israélo-palestinien, Anne-Claire Legendre est aussi celle qu'on envoie volontiers pour déminer les terrains les plus difficiles, avec plus ou moins de succès.
Elle se rend ainsi à Alger en mars 2025 pour rencontrer le président algérien Abdelmadjid Tebboune pour tenter d'apaiser les relations entre la France et l'Algérie, avant que les deux pays ne retombent dans la crise.
Au Liban, elle pousse pour la fin de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Un accord est arraché en novembre 2024, en vertu duquel la France fait partie du mécanisme de surveillance de cessez-le-feu auprès des Américains.
A.Hill--SMC