Au Royaume-Uni, le Labour défié par les Verts et Reform dans un de ses fiefs
Le Labour du Premier ministre britannique Keir Starmer est menacé dans un de ses bastions près de Manchester, où le parti anti-immigration Reform UK et les Verts pourraient bien lui ravir un siège au Parlement lors d'une élection législative partielle jeudi.
Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 GMT et fermeront à 22H00 GMT. Le résultat est attendu tôt vendredi matin, le dépouillement devant durer une partie de la nuit.
Une défaite des travaillistes serait un nouveau coup dur pour son dirigeant, à la popularité en berne et dont le gouvernement est déjà en difficulté, mais elle confirmerait surtout la fragmentation du paysage politique britannique et la fin de la domination du Labour et des Tories.
Le scrutin, déclenché par la démission de l'ancien député Labour de cette circonscription de Gorton-et-Denton au sud de Manchester (nord de l'Angleterre) pour raison de santé, s'annonce très serré à en croire des sondages réalisés avant le vote. Ils mettent le Labour, les Verts et Reform dans un mouchoir de poche, avec une légère avance pour les Verts.
Cette configuration suggère que les Britanniques "sont frustrés par les deux grands partis", et sont prêts à trouver ailleurs les solutions à leurs inquiétudes, que ce soit sur le coût de la vie ou l'immigration irrégulière, souligne auprès de l'AFP Louise Thompson, professeure de sciences politiques à l'université de Manchester.
"La question est de savoir si cette alternative se situera à gauche ou à droite", ajoute-t-elle.
Les trois camps ont mené une campagne offensive, alors que la participation est généralement faible lors d'élections partielles.
Le parti Reform UK de Nigel Farage a choisi comme candidat Matt Goodwin, un ex-universitaire devenu présentateur sur la très conservatrice chaîne de télévision GB News. Il espère profiter des sondages qui placent depuis des mois Reform UK en tête dans les intentions de vote au niveau national, dans la perspective des prochaines élections législatives prévues en 2029.
Mais ses positions très dures sur l'immigration et l'identité pourraient mal passer dans certains quartiers de cette circonscription où 28% de la population est musulmane.
Un électorat sur lequel les Verts et leur candidate Hannah Spencer, plombière et élue locale de 34 ans, ont tenté de capitaliser, avec par exemple des spots et des tracts de campagne en langue ourdou et un discours propalestinien.
- Diabolisation -
En pleine ascension depuis l'arrivée à leur tête du trentenaire Zack Polanski en septembre 2025, charismatique et omniprésent sur les réseaux sociaux, les Verts espèrent aussi confirmer leur statut d'alternative au Labour à gauche.
Pris en tenaille dans un de leurs fiefs historiques, les travaillistes n'ont pas ménagé leurs efforts. Plusieurs ministres et poids lourds du parti, comme le populaire maire de Manchester Andy Burnham, sont allés soutenir leur candidate, Angeliki Stogia, une élue locale implantée de longue date.
Keir Starmer lui-même a fait le déplacement lundi. "Voter pour les Verts, c'est de fait voter pour Reform", a-t-il lancé, après avoir longtemps diabolisé "la politique de division toxique" du parti de Nigel Farage et présenté ce scrutin comme un duel "sur les valeurs" entre Reform et le Labour.
Mercredi, il a encore accusé Reform devant le Parlement de ne porter que "critiques et divisions" et a fustigé la volonté "irresponsable" des Verts de légaliser les drogues.
Si Reform l'emporte, le parti de Nigel Farage deviendra la quatrième force à la chambre des Communes avec neuf élus, après de récentes défections de députés conservateurs.
Ce sera surtout un nouveau coup au Labour à l'approche des élections locales de mai, présentées par beaucoup comme cruciales pour l'avenir de Keir Starmer à Downing Street.
Les travaillistes ont déjà perdu au profit de Reform une précédente élection partielle en mai 2025.
Une seconde défaite - que ce soit au profit des Verts ou de Reform - risque de renforcer ceux qui au sein du Labour doutent de la politique de Keir Starmer et appellent parfois à son départ.
Elle montrerait aussi au gouvernement "qui est désormais son opposition" principale, note Louise Thompson.
F.T. Michaud--SMC