Premier tour des municipales: le RN en tête dans plusieurs villes, LFI fait sensation à Lille
Le RN en tête à Toulon, LFI crée la surprise à Lille: les estimations du premier tour des municipales de dimanche confirment que l'épineuse question des alliances sera cruciale en vue du second tour, dans une élection test à treize mois de la présidentielle.
Les résultats vont s'égréner au fil de la soirée, notamment ceux de Paris, Lyon et Marseille, où la mairie est très disputée.
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe est lui bien positionné pour le second tour au Havre, selon des chiffres pas encore officiels, lui qui a fait de sa réélection le prérequis pour poursuivre sa candidature à l’Élysée en 2027. Autre candidat potentiel pour la présidentielle, le communiste Fabien Roussel a annoncé sa réélection à Saint-Amand-les-Eaux (Nord).
A Lille, le maire socialiste Arnaud Deslandes, héritier de Martine Aubry, est au coude-à-coude autour de 25% avec la candidate LFI Lahouaria Addouche, bien au-dessus des pronostics.
La décision de l'écologiste Stéphane Baly, en troisième position, sera déterminante en vue du second tour.
A Roubaix (Nord), le député Insoumis David Guiraud prend lui déjà une sérieuse option en vue sur la mairie avec 45% des voix. S'il l'emportait au second tour, Roubaix (environ 98.000 habitants) serait la plus grande ville gérée par le parti mélenchoniste.
A l'autre bout de l'échiquier politique, le RN, qui veut amplifier sa dynamique en vue de 2027, a revendiqué la réélection dès le premier tour de plusieurs maires sortants, dont Nelson Chaudon à Beaucaire (Gard), Louis Aliot à Perpignan, Steeve Briois à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ou David Rachline à Fréjus (Var). Marine Le Pen a assuré que son parti avait aussi décroché de nouvelles communes.
A Toulon, la députée RN Laure Lavalette est largement en tête, avec environ 40% des voix et une dizaine de points d'avance, mais avec peu de réserves pour le second tour.
Le combat est plus serré à Nîmes où le RN Julien Sanchez et la gauche hors LFI (Vincent Bouget) sont dans un mouchoir de poche tandis que centre et droite sont en mesure de les supplanter en cas d'alliance.
A Besançon, la droite menée par Ludovic Fagaut est en mesure de remporter la ville historiquement à gauche, sauf si la maire sortante écologiste Anne Vignot s'allie avec LFI.
- Fusion-désistement -
Autre ville symbole de la vague verte de 2020, Poitiers voit la maire écologiste sortante Léonore Moncond'huy arriver en tête mais le second s'annonce indécis avec pas moins de six listes susceptibles de se maintenir.
Plusieurs maires sont réélus, comme celle de Calais Natacha Bouchart (divers droite) ou celle de l'ex-ministre PS des Outre-mer Ericka Bareigts à Saint-Denis de La Réunion.
A Nice, le duel entre le sortant Christian Estrosi et Eric Ciotti, allié du RN, tourne à l'avantage du second, avec une dizaine de points d'avance, selon des estimations.
Dans de nombreuses villes, la question des alliances va être scrutée: les têtes de liste qualifiées ont jusqu'à mardi 18H pour décider s'ils se maintiennent, fusionnent ou se désistent.
A gauche, l'inimitié entre PS et LFI fait peser un risque de bascule sur certaines villes.
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard, saluant une "progression remarquable" de son mouvement, à "tendu la main" aux autres listes de gauche "partout où la droite et l'extrême droite menacent".
La patronne des Ecologistes Marine Tondelier a semblé la saisir, appelant à "éliminer la droite et l'extrême droite".
Mais le PS espérait éviter ces alliances, après avoir accusé Jean-Luc Mélenchon d'antisémitisme. Son premier secrétaire Olivier Faure a affirmé que son parti était en tête dans plusieurs villes, dont Paris, Marseille et Toulouse.
Raphaël Glucksmann, probable candidat à la présidentielle, a répété qu'"aucun candidat" Place publique ne pourrait rejoindre une liste où figure LFI.
De son côté, Jordan Bardella a annoncé que les candidats RN qualifiés se maintiendraient et "tendu la main aux listes de droites sincères" pour l'emporter.
Mais le patron de LR Bruno Retailleau a appelé lui à un "grand rassemblement de la droite" pour "battre la gauche ou le RN".
Ces tractations constitueront autant de tests avant la présidentielle de 2027, pour l'instant dominée dans tous les sondages par un RN au-dessus de 30%.
L'érosion de la participation a continué dimanche, dans une élection qui traditionnellement intéresse les Français, qui apprécient davantage leurs maires que leurs élus nationaux. Les différents instituts de sondage tablent sur une participation entre 56% et 58,5%, contre 63,55% en 2014, dans la continuité d'une baisse observée depuis plus de 40 ans, particulièrement chez les jeunes et dans les quartiers populaires.
Un chiffre qui n'a été plus bas qu'en 2020 en pleine pandémie de Covid-19.
La mobilisation a pu être pénalisée par une fin de campagne éclipsée par la guerre au Moyen-Orient.
- Quid de Paris et Marseille ? -
Quelque 48,7 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes - dont 358.000 ressortissants de l'Union européenne.
Au total, 93% des communes, qui n'ont qu'une ou deux listes à départager, connaîtront leur maire dès dimanche soir.
Mais l'incertitude est importante dans les grandes villes où peu d'édiles sont assurés d'être reconduits.
A Paris, les perspectives de victoire du socialiste Emmanuel Grégoire ou de la candidate Les Républicains Rachida Dati seront ainsi très différentes si Pierre-Yves Bournazel (Horizons), Sophia Chikirou (LFI) et Sarah Knafo (Reconquête) dépassent ou non les 10% et décident ou non de se maintenir.
La question se posera aussi à Marseille pour le maire sortant de gauche Benoît Payan et le candidat du Rassemblement national Franck Allisio donnés largement en tête devant Martine Vassal (LR) et l'Insoumis Sébastien Delogu. Ou encore à Toulouse où le divers droite sortant Jean-Luc Moudenc mise sur une triangulaire avec socialistes et Insoumis.
Grands vainqueurs de 2020, les Ecologistes sont sur la défensive à Strasbourg ou Bordeaux. Mais à Lyon, le maire Grégory Doucet croit en une "remontada" face à l'ex-patron de l'OL Jean-Michel Aulas, dont l'avance a fondu dans les sondages.
Paris, Lyon et Marseille connaissent leur première municipale depuis la réforme du mode de scrutin, avec élection "directe" du conseil municipal en plus des secteurs ou arrondissements.
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L.Pelletier--SMC