"Sans avertissement": en Cisjordanie, la stupeur après une première frappe iranienne mortelle
Brutalement, "sans avertissement", l'explosion a soufflé un petit salon de coiffure de Beit Awa.
Jeudi, les habitants de cette localité palestinienne se sont rassemblés pour les funérailles de trois des quatre femmes tuées dans cette première frappe mortelle en Cisjordanie depuis le début de la guerre opposant Israël et les Etats-Unis à l'Iran.
Il était environ 21H30 mercredi soir dans cette petite ville proche de Hébron, dans le sud du territoire palestinien occupé par Israël, en pleins préparatifs pour la fête de l'Aïd el-Fitr, qui marque vendredi la fin du ramadan.
"J'ai été surpris par un bruit. Je suis sorti. Puis cet objet est tombé du ciel, sans le moindre avertissement", raconte Issa Masalmeh, un voisin âgé de 60 ans.
Il a vu alors "des débris, éparpillés sur une surface d'environ 200 mètres carrés, pas seulement sur le point d'impact", puis "les corps déchiquetés des trois femmes".
Une quatrième, une femme enceinte grièvement blessée, est décédée quelques heures plus tard, selon le ministère palestinien de la Santé.
Jeudi matin, la foule a accompagné les trois dépouilles, recouvertes du drapeau palestinien, portées par des membres des forces de sécurité en uniforme, de l'hôpital de la localité voisine de Doura jusqu'à leur enterrement à Beit Awa.
"Nous sommes plongés dans la stupeur et l'incompréhension", confie Fawzi Abou Leil, le maire de Doura, après cette explosion provoquée par la chute de débris à la suite de l'interception d'un missile iranien dans le ciel du territoire palestinien.
Depuis le début de la guerre en Iran et des tirs de missiles iraniens vers Israël, les habitants de Cisjordanie entendent régulièrement des explosions provoquées par des interceptions au-dessus de leurs têtes. Mais à l'inverse d'Israël, les abris sont rares dans le territoire.
- "Aller vers la mort" -
"Les Israéliens peuvent éviter tout cela parce qu'ils ont des abris (...) des alertes, des sirènes", remarque le maire. "Mais nous, nous n'avons aucun endroit où aller qui offre une protection, nous vivons quasiment sans refuge".
"Si nous fuyons, nous risquons de fuir la mort pour aller vers la mort", dit-il.
Selon l'agence palestinienne Wafa, les trois femmes tuées mercredi étaient âgées de 17, 36 et 50 ans.
Parmi les blessés, d'après le maire, se trouve une petite fille qui a perdu sa mère.
Deux des femmes tuées sur le coup étaient enceintes selon lui, comme celle dont la mort a été annoncée jeudi, âgée de 32 ans.
Selon Fawzi Abou Leil, des éclats se sont répandus dans dix zones différentes de la province de Hébron.
D'après des médias israéliens, l'Iran a une nouvelle fois employé au cours de la nuit des armes à sous-munitions, qui explosent et libèrent une multitude de petites charges, elles-mêmes explosives, sur une zone étendue.
Sur place, des images tournées dans la nuit par l'AFP montrent les parois et le toit percés d'éclats du salon de coiffure, installé dans un petit baraquement métallique. Les équipes de secours palestiniennes commençaient leurs fouilles dans le bâtiment, sens dessus dessous, au sol maculé de sang.
Issa Masalmeh assure qu'en 20 jours de guerre, des débris "sont déjà tombés plus de vingt fois" aux environs. Mais cette fois, ajoute-t-il, "c'est un lieu sensible qui a été touché".
F.Leblanc--SMC