Trump confirme son changement d'avion rocambolesque
Donald Trump a confirmé mardi soir avoir changé secrètement d'avion face à une "menace" début juillet et a assuré avoir simplement suivi les conseils de son service de protection.
"Ils voulaient me mettre dans un autre vol, dans un autre avion, avec la même sécurité, ils voulaient que je le fasse, donc je l'ai fait. Je fais ce qu'ils me disent", a déclaré le président américain près de Washington en rentrant d'un déplacement.
Les révélations du Washington Post sur l'opération de sécurité rocambolesque qui s'est déroulée sur le tarmac de l'aéroport d'Ankara le 8 juillet, face au risque d'une attaque iranienne, soulèvent des questions sur la sécurité du président américain ainsi que sur la crédibilité de la menace qui pesait sur lui autant que sur la communication de la Maison Blanche.
Ce jour-là, pour quitter le sommet de l'Otan en Turquie, le président des Etats-Unis a été exfiltré dans un conteneur de ravitaillement vers un autre avion, tandis qu'Air Force One a décollé avec à son bord une douzaine de journalistes persuadés, à tort, de voyager avec Donald Trump. Ce dernier a finalement pris place à bord d'un autre appareil.
"J'imagine qu'il y avait une menace. Je n'en ai pas demandé beaucoup plus", a dit le président mardi soir, interrogé sur la raison qui a poussé son service de protection, le Secret Service, à lui conseiller cette manoeuvre.
Donald Trump, tentant visiblement de minimiser l'épisode, a affirmé n'avoir été "pas surpris", "je suis l'objet de beaucoup de menaces dont vous n'avez pas connaissance."
L'affaire est pourtant devenue politique: plus tôt mardi, le chef de file de l'opposition démocrate au Sénat Chuck Schumer avait demandé que les parlementaires soient "immédiatement informés". "Il est inacceptable que le Congrès ait été laissé dans l'ignorance."
- Conteneurs de ravitaillement -
Ce voyage retour de Turquie avait déjà donné lieu auparavant à une péripétie.
Donald Trump aurait dû quitter Ankara pour le Royaume-Uni avec le même Boeing 747 qui l'avait amené, un appareil offert par le Qatar et soumis à de coûteuses modifications.
Mais des inquiétudes pour sa sécurité avaient conduit la Maison Blanche à changer de programme à la dernière minute et à le faire voyager sur l'ancien appareil, considéré comme plus sûr.
C'est donc dans cet avion - aux peintures bleu clair caractéristique des anciennes versions d'Air Force One - que le président américain a embarqué, sous les caméras et les objectifs des photographes.
Sur une photo de l'AFP prise auparavant, deux conteneurs de ravitaillement montés sur des ressorts hydrauliques sont bien visibles, l'un positionné à l'avant, l'autre à l'arrière.
Selon la presse américaine, c'est bien dans ce conteneur que Donald Trump a quitté l'avion, pour embarquer sur l'autre appareil de l'armée de l'air américaine, un C-32A.
Le Wall Street Journal cite un responsable américain selon lequel Israël a informé les Etats-Unis d'une menace d'attaque par missile sol-air portable contre l'avion. Le quotidien précise que de hauts responsables américains, dont le chef de la diplomatie Marco Rubio, sont eux restés à bord.
- Hublots -
Tout comme la douzaine de journalistes voyageant à l'arrière, dans une cabine qui ne communique pas avec l'espace réservé au président, situé vers l'avant, et qui n'ont rien deviné du subterfuge - la sécurité leur avait d'ailleurs demandé de baisser les stores des hublots, une consigne très inhabituelle en dehors de zones de combat.
Une fois arrivé sur la base militaire de Mildenhall, dans l'est de l'Angleterre, un peu avant cet avion leurre, le milliardaire de 80 ans y est remonté, là aussi secrètement et sans que le Washington Post n'ait pu apprendre comment.
Puis il a descendu la passerelle devant les journalistes avant d'embarquer immédiatement, avec eux, dans l'avion offert par le Qatar pour regagner les Etats-Unis.
Ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'un président américain prend ainsi des précautions exceptionnelles, mais le secret entourant cette opération est inhabituel.
En 2000, Bill Clinton avait déjà utilisé cette technique d'un avion leurre pour se rendre d'Inde au Pakistan. Selon le Washington Post, la présidente de l'Association des correspondants à la Maison Blanche de l'époque avait été avertie.
En 2023, une visite de Joe Biden en Ukraine avait également été entourée du plus grand secret. Le président démocrate avait été accompagné de deux journalistes.
P.Beaulieu--SMC