Costa Rica: manifestations contre la présidente accusée de menacer la démocratie
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté lundi à travers le Costa Rica pour protester contre la nouvelle présidente Laura Fernandez et son projet de réforme de la magistrature accusé de menacer l'impartialité des juges et de saper la démocratie.
Munis de lanternes et brandissant le drapeau national, les manifestants ont scandé des slogans en faveur de la séparation des pouvoirs et le mot "démocratie", sur la place Morazán dans le centre de la capitale San José. La contestation a été suivie dans plusieurs provinces du pays, l'un des plus stables d'Amérique centrale mais où la sécurité s'est détériorée ces dernières années.
Partisane de la manière forte pour endiguer la violence liée au narcotrafic sur le modèle du président salvadorien Nayib Bukele, Laura Fernandez, 40 ans, politologue de droite, en fonction depuis mai, projette de réformer le pouvoir judiciaire.
Les tensions avec les magistrats qu'elle accuse d'inaction se sont aggravées ces derniers mois, la présidente traitant les magistrats de "putschistes" tandis que l'un d'entre eux a dénoncé une dérive autoritaire du gouvernement.
"Nous n'avions jamais vécu une telle situation, et jamais il n'y avait eu une telle ingérence des pouvoirs l'un envers l'autre", a déclaré à l'AFP la juge retraitée Carol Vinda, 53 ans.
"Il faut défendre la démocratie, nous ne pouvons pas permettre qu'ils continuent à faire ce que fait ce gouvernement. Ils veulent avoir tout le pouvoir, c'est ce qu'ils veulent, tout le pouvoir", a commenté à l'AFP Manuel Chávez, un retraité de 73 ans, venu manifester avec une canne.
Sur les pancartes, on pouvait lire "pour le respect des pouvoirs de la République, vive le Costa Rica", "Démocratie oui". Les manifestants ont changé des slogans hostiles au prédécesseur et mentor de la présidente, l'ex-président Rodrigo Chaves.
Le Costa Rica célébrait sa fête d'indépendance, obtenue le 15 septembre 1821. La présidente a tenu sa traditionnelle réunion de cabinet sur la grand place de Cartago, au sud-est de la capitale, donnant lieu à des affrontements entre ses sympathisants et des opposants lui reprochant d'instrumentaliser les célébrations patriotiques.
Le Costa Rica, longtemps considéré comme l'un des pays les plus sûrs du continent, est passé de lieu de transit à centre logistique et d'exportation de drogues vers les Etats-Unis et l'Europe, a déclaré à l'AFP le directeur de l'Organisme d'enquête judiciaire (OIJ), Michael Soto.
Le taux d'homicides a atteint un pic historique de 17 pour 100.000 habitants, dans la moyenne des pays d'Amérique centrale, contre 11,2 en 2019.
S.Clark--SMC