Autisme: l’État veut durcir les contrôles contre les pratiques non recommandées
Suite aux récentes bonnes pratiques publiées par la Haute Autorité de santé (HAS) dans la prise en charge des enfants autistes, l’exécutif promet des "inspections" pour sanctionner le recours à des méthodes "non recommandées", notamment psychanalytiques.
La HAS a publié la semaine dernière de nouvelles recommandations dans le champ des troubles du spectre autistique (TSA). Elle a notamment qualifié la psychanalyse de pratique "non recommandée", soulignant qu'elle n'était reconnue pour traiter l'autisme dans aucun pays.
"Je ne veux plus qu’il y ait, dans notre pays, des structures qui accompagnent des enfants autistes en ayant recours à la psychanalyse", a affirmé jeudi à l'AFP Etienne Pot, délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement (TND).
La HAS a détaillé les "pratiques recommandées" pour les enfants ayant un TSA (1 à 2% de la population): intervenir le plus tôt possible, dès 18 mois, les encourager à développer leur communication, évaluer chaque année leur fonctionnement et leurs progrès.
Elle a affirmé la place centrale des parents, qui doivent être soutenus et formés.
Avec les bonnes pratiques, tous les enfants peuvent progresser, relève Etienne Pot. À l’inverse, les approches psychanalytiques "n’ont jamais démontré le moindre progrès pour les enfants autistes" et sont "culpabilisantes" pour les parents, souligne-t-il.
Aujourd'hui, "la formation initiale des pédopsychiatres, psychologues et travailleurs sociaux reste trop imprégnée d'approche psychanalytique", ce qui peut freiner l’adoption de "méthodes comportementales et développementales" recommandées, regrette Sophie Biette, copilote du groupe de travail de la HAS.
Les familles "se retrouvent majoritairement face à des professionnels imbibés de psychanalyse", confirme Danièle Langloys, présidente d'Autisme France, qui représente des milliers de familles. "L'enfant ne progresse pas, sans intervention adaptée pour lui apprendre à contourner les difficultés, à développer de l'autonomie".
- "Fermetures temporaires" -
De nombreux témoignages reçus sur la ligne Autisme Info Service en attestent: "Une mère nous raconte qu'un pédopsychiatre à l'hôpital lui a dit, à propos de problèmes gastriques fréquents dans l'autisme: +votre enfant vous vomit+", relate Florent Chapel qui la dirige.
"Une autre, épuisée, alors que son enfant se roule par terre, s'entend dire: +Vous ne lui avez pas donné le sein? Votre enfant vous cherche et ne vous a jamais trouvée+", poursuit-il.
Face à ce constat, le délégué interministériel promet "des missions d'inspection" dans les structures accompagnant les enfants autistes pour "s'assurer que leurs pratiques sont conformes aux méthodes validées par la science".
Des "fermetures temporaires de lits" pourront être ordonnées pour "repenser le projet", si ces structures constituent une "perte de chance" pour l'enfant, a-t-il annoncé à l'AFP.
Au ministère de la Santé, on "n'exclut pas" de "recadrer" les établissements "si des risques sont identifiés" pour les enfants.
L'Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France a ainsi suspendu jeudi en urgence les quatre services (Dolto, Winnicott...) faisant de l'hospitalisation complète à la Fondation Vallée, à Gentilly (Val-de-Marne) pour ses pratiques d'enfermement d'enfants.
Plus grand hôpital pédopsychiatrique de France, il accueille en majorité des jeunes avec TSA mais il "n'applique pas les recommandations de la HAS concernant l'autisme", relève M. Pot.
La délégation saisira dans les prochaines semaines quatre ARS sur des établissements accueillant des jeunes autistes sur lesquels on rapporte des "accompagnements non conformes", avertit-il.
Les établissements qui ne se mettent pas en conformité pourraient aussi être poursuivis en justice par des familles faisant valoir que leur enfant n'a pas bénéficié des méthodes recommandées par la HAS.
L'autisme est "un trouble du neurodéveloppement présent dès la naissance, dont le principal facteur de risque est la génétique", rappelle le médecin.
Alors que le handicap provoque beaucoup de séparations et que les mères restent seules avec leur enfant, il juge "choquant" de laisser entendre que l'analyse de la relation mère-enfant permettrait d'en comprendre l'origine.
Certaines universités et organismes de formation continuent de délivrer des diplômes qui "transmettent des informations erronées", relève M. Pot, citant un diplôme universitaire Autisme de l'université Paris Cité, qui propose un "éclairage" de "la psychanalyse" pour "saisir les enjeux cliniques des signes de l’autisme".
"En astrophysique, on n’enseigne pas que la Terre est plate. Quand on parle d'autisme, il faut arrêter de dire que la mère a une responsabilité", martèle le délégué.
L.Mitchell--SMC