Jugé pour le meurtre de Jonathan en 2004, un criminel allemand redit son innocence
Vingt-deux ans après la disparition et le meurtre de Jonathan, 10 ans, sa famille attend la "vérité", tandis que l'accusé, un pédocriminel et tueur en série allemand, maintient son innocence face à la cour d'assises de Loire-Atlantique.
Jonathan Coulom, petit garçon aux yeux bleus et cheveux châtains, disparait de son dortoir en avril 2004, lors d'une classe de mer à Saint-Brévin-les-Pins. Son corps est retrouvé un mois plus tard dans un étang situé à une trentaine de kilomètres de là.
Dans le box vitré, t-shirt noir et blouson en jean, les cheveux ras et clairsemés, Martin Ney, accompagné de deux traductrices, assure d'une voix voilée qu'il répondra aux questions de la cour, et réaffirme son innocence.
Originaire du nord-ouest de l'Allemagne, Martin Ney a été condamné en 2012 en Allemagne à la prison à perpétuité pour les meurtres de trois garçons de 13, 8 et 9 ans entre 1992 et 2001, qu'il a avoués, et pour neuf agressions sexuelles commises après s'être introduit dans des centres hébergeant des enfants.
La cour d'assises a entrepris mardi de retracer le parcours de vie de Martin Ney, de son enfance à Brême avec sa mère et ses frères, à l'emploi d'éducateur à Hambourg dont il a été licencié en 2008, trois ans avant son arrestation, à la suite d'une affaire de pédopornographie.
Face à la cour d'assises, il évoque à plusieurs reprises sa "pédophilie" et date de 1991 sa première intrusion dans un centre hébergeant des enfants. Les années suivantes, il encadre plusieurs colonies de vacances.
- "L'homme en noir" -
L'accusé, qui s'est décrit lors de l'enquête comme "solitaire" et "renfermé" confirme avoir lui-même subi une agression sexuelle de la part d'un inconnu lorsqu'il avait 12 ans.
Quand la présidente lui demande s'il fait un lien entre ses "conditions d'éducation", notamment le manque d'affection qu'il dit avoir ressenti enfant, et ses passages à l'acte en Allemagne, il répond: "Je n'aime pas essayer de répondre à ce genre de question car cela me donne l'impression de repousser la faute."
"Il nous livre des éléments de ce qu'il est vraiment, qui évidemment pour nous est incompréhensible, ou difficile à comprendre, mais au moins il a cette honnêteté pour l'instant de nous livrer ce qu'il est", a déclaré devant la presse Me Corinne Herrman, avocate du beau-père de Jonathan.
Originaire du Cher, le petit garçon a disparu dans la nuit du 6 au 7 avril 2004 alors qu'il séjournait avec sa classe dans un centre de vacances.
Dès les premières semaines de recherches, les autorités allemandes signalent aux enquêteurs français que les circonstances de la disparition de Jonathan rappellent celles de plusieurs enlèvements et meurtres d'enfants, attribués à un inconnu surnommé l'"homme en noir", en allemand "Schwarzer Mann".
Le corps de Jonathan, lesté d'un parpaing, est retrouvé le 19 mai 2004 dans un étang des environs de Guérande.
Les investigations se concentrent d'abord sur l'hypothèse d'un suspect local, qui aurait pu séquestrer l'enfant et aurait connu l'existence de l'étang, invisible depuis les routes alentour.
Un homme, un temps soupçonné, doit être entendu par la cour.
- "Vérité" -
A partir de 2008, de nouveaux rapports d'expertise estiment que Jonathan a pu être tué peu après son enlèvement et son corps immergé rapidement.
Dans le cadre de l'enquête allemande, Martin Ney est arrêté en 2011. Interrogé sur le meurtre de Jonathan, il nie et conteste s'être trouvé en France à ce moment.
L'enquête connaît un nouveau tournant en 2017, quand un ancien co-détenu de Martin Ney affirme avoir recueilli ses confidences.
Ses déclarations font écho au témoignage d'un agriculteur qui avait affirmé des années plus tôt avoir croisé un soir d'avril 2004 un individu conduisant une berline immatriculée en Allemagne. Il sera également entendu par la cour d'assises.
"La maman m'a toujours dit, pendant 22 ans, +je veux savoir, même si c'est difficile à entendre, mais je veux absolument savoir la vérité, pour avancer et continuer à vivre+", a déclaré devant la presse Me Catherine Salsac, avocate de la mère de Jonathan.
Au fil des 13 jours d'audience, 20 témoins et experts, français et allemands, seront entendus par la cour d'assises.
S.Lapointe--SMC