A Madrid, le pape appelle à mettre fin "aux discours qui divisent" la société
Le pape Léon XIV a appelé samedi à mettre fin aux "discours qui divisent et polarisent" la société et aux "simplifications stériles" au début d'une visite de sept jours en Espagne centrée notamment sur le sujet très clivant de l'immigration et de l'accueil des migrants.
Lors de son discours au palais royal de Madrid, Léon a également remercié l'Espagne pour son "fidèle attachement au droit international et au multilatéralisme", saluant l'"engagement constant" de Madrid "en faveur de la paix".
Le Premier ministre Pedro Sánchez s'est dernièrement fait le champion en Europe de l'opposition à la guerre en Iran, générant des tensions avec le président américain Donald Trump, ou aux opérations menées par Israël à Gaza. Le pontife, né aux États-Unis, a lui-même été violemment critiqué par Donald Trump pour ses positions antiguerre.
Léon XIV a regretté que "le message de paix (...) résonne malheureusement pour certains comme naïf et pour d'autres comme provocateur", alors qu'il devrait au contraire trouver "un écho chez ceux qui ne s'enferment pas dans des idéologies toutes faites", dans un discours notamment prononcé devant le leader du parti d'extrême droite Santiago Abascal, qui s'est levé et a applaudi à la fin de l'intervention du pape.
La visite d'État pontificale de sept jours doit également mettre l'accent sur la justice sociale et comprendra, lundi, un discours inédit devant le Parlement espagnol, ainsi qu'une visite aux îles Canaries, où il rencontrera des migrants et les organisations qui leur viennent en aide.
S'adressant aux journalistes dans l'avion avant d'atterrir dans la capitale espagnole, Léon a reconnu que les abus sexuels au sein de l'Église catholique restaient "une blessure ouverte", avant une rencontre prévue lors de son séjour en Espagne avec des victimes.
- Concurrencé par Bad Bunny -
Le roi Felipe VI, venu l'accueillir à l'aéroport de Madrid-Barajas avec la reine Letizia et le Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, a salué la "clarté" et la "fermeté" du pape face aux agressions sexuelles dans l'Eglise, les jugeant "essentielles" pour "les victimes, pour l'Église et pour la société en général" lors de son discours d'accueil au palais royal.
Plus de 200.000 mineurs pourraient avoir subi des agressions sexuelles de la part de religieux catholiques en Espagne depuis 1940, selon un rapport du Défenseur du peuple de 2023.
Le gouvernement de Pedro Sánchez et l'Eglise espagnole ont signé fin mars un accord pour indemniser les victimes d'agressions sexuelles commises par des religieux, après des années de réticences et d'opacité de la hiérarchie ecclésiastique.
Après une visite dans un centre social de la capitale, la première journée de Léon XIV en Espagne s'achèvera par une veillée de prière près du stade Santiago Bernabéu du Real Madrid, où 400.000 jeunes sont attendus.
"Ils se rendent compte qu'il y a un vide, et un manque de sens, et peut-être que ma visite a contribué à réveiller encore davantage quelque chose, qu’ils ne savent même pas très bien comment définir", a estimé Léon XIV dans son avion, interrogé par des journalistes sur un éventuel intérêt accru des jeunes pour l'Eglise catholique.
"Si on leur demande s'ils veulent voir Bad Bunny ou le pape, je pense que beaucoup choisiront Bad Bunny. Mais je pense qu'il y en aura aussi quelques-uns ici pour voir le pape. Et cela veut dire quelque chose, vous savez", a-t-il dit en souriant, en référence à la superstar portoricaine, actuellement en plein milieu d'une série de 10 concerts dans la capitale espagnole.
- Hommage aux migrants -
Dimanche, Léon XIV célébrera une messe très attendue en plein coeur de Madrid, sur la place de Cibeles, à laquelle un million de fidèles devraient assister.
Le pape célèbrera à Barcelone une messe dans la Sagrada Familia, un siècle jour pour jour après la mort de son architecte, Antoni Gaudí, fait l'an dernier "vénérable" par le Vatican, une étape préalable à sa béatification. Léon XIV achévera sa visite dans l'archipel des Canaries, au large des côtes africaines, principale porte d'entrée des migrants en Espagne, où ils arrivent souvent au terme d'un voyage périlleux.
Le pape de 70 ans, très sensible à ce sujet comme son prédécesseur François, y rencontrera jeudi et vendredi des migrants, ainsi que les organisations qui leur viennent en aide, alors que des milliers d'entre eux sont morts en tentant de rejoindre l'Europe (1.172 en 2025 selon l'Organisation internationale pour les migrations).
Faisant figure d'exception en Europe, Pedro Sánchez a récemment lancé un vaste plan de régularisation de sans-papiers, qui devrait aboutir à la régularisation d'un demi-million de personnes et lui vaut les virulentes critiques du Parti populaire (droite) et de Vox, le parti d'extrême droite devenu la troisième force politique du pays.
Cela fait 14 ans qu'un pape ne s'était pas rendu en Espagne, l'un des bastions traditionnels du catholicisme en Europe où la pratique religieuse connaît un recul rapide.
S.Belanger--SMC