Périscolaire à Paris: Hidalgo reconnaît des failles mais parle d'un "échec collectif"
"Un échec collectif": l'ancienne maire PS de Paris, Anne Hidalgo, s'est expliquée mardi devant la commission d'enquête du Sénat sur le scandale des violences sexuelles dans le périscolaire parisien, jugeant que l'ensemble des institutions avaient "failli", même si elle a reconnu des dysfonctionnements au sein de la Ville.
"Si nous sommes ici devant vous aujourd'hui, c'est parce que nos institutions, mairie de Paris, collectivités locales, Education nationale, police, justice (....) ont failli dans la protection de nos enfants", a estimé Anne Hidalgo devant la mission d'information du Sénat sur le traitement et la prévention des violences scolaires dans le périscolaire en France, qui l'a auditionnée pendant plus de deux heures, avant de questionner mercredi son successeur et ancien premier adjoint Emmanuel Grégoire.
L'ancienne édile, aux commandes de la capitale pendant 12 ans, est visée comme le nouveau maire PS par des investigations pénales à la suite des plaintes de plusieurs familles, notamment pour non-assistance à personne en danger.
Durant ses deux mandats, a-t-elle plaidé, elle a "toujours été extrêmement impliquée" en mettant en place "des process pour réagir et resserrer en permanence les mailles du filet, lesquelles restent encore très ouvertes".
- "Non respect des consignes" -
Evoquant un "échec collectif", l'ex-édile a appelé les institutions à "coopérer", et insisté sur la nécessité pour les maires "d'avoir le parquet à leurs côtés", notamment pour mieux communiquer aux familles et éviter un "sentiment d'abandon".
Elle a néanmoins reconnu qu'au sein de la Ville "il y a eu des dysfonctionnements, des chaînes d'information qui n'ont pas fonctionné". Dès 2015, un rapport de l'Inspection générale de la Ville qu'elle avait commandé avait donné l'alerte et émis 50 recommandations, dont la moitié n'ont pas été mises en oeuvre, selon elle.
Ce qu'elle a imputé à un "non respect" de "consignes" données à son administration, assurant avoir demandé des "sanctions disciplinaires pour les agents qui auraient failli dans la remontée de signalements", sans préciser lesquelles ont effectivement été prises.
"La doctrine que j'ai demandé d'appliquer et qui n'a pas été appliquée jusqu'au bout était une suspension immédiate de l'agent pour lequel un signalement a été fait", a-t-elle expliqué.
"Ca n'est pas honnête intellectuellement de dire qu'entre 2015 et 2026, rien n'a été fait", s'est-elle défendue, en rappelant notamment un accord signé avec le procureur de la République en 2015 pour accéder aux fichiers des délinquants sexuels, la nomination de Dominique Versini comme adjointe à la protection de l'enfance en 2020, et le plan de prévention contre les violences sexuelles fin 2025 est venu "corriger et renforcer sur les points délicats".
- "Victimisation des maires" -
Egalement entendu mardi, Patrick Bloche, qui fut chargé des affaires scolaires et premier adjoint (2024-2026), a affirmé que la règle selon laquelle aucun animateur ne devait être laissé seul avec un enfant "avait été établie de manière claire par la direction des affaires scolaires (Dasco) dès 2017, et répétée à chaque rentrée".
Mme Hidalgo a de nouveau fait part de ses "regrets" de n'avoir pas rencontré les familles de victimes au moment où le scandale a éclaté, au printemps 2025. "Il n'y a pas d'excuses, je n'en cherche pas, j'aurais dû le faire", a-t-elle dit.
"Anne Hidalgo est incapable de formuler la moindre excuse, elle reste dans la droite ligne de son déni qu'elle formule en Conseil de Paris depuis 10 ans", a fustigé sur Europe 1 Inès de Raguenel, conseillère parisienne LR qui préside une mission d'information et d'évalution transpartisane (MIE) devant laquelle l'ancienne maire doit s'expliquer le 9 octobre.
Mme Hidalgo et M. Bloche n'ont par ailleurs pas reconnu le caractère "systémique" des violences dans le périscolaire parisien, jugeant que le problème était "national".
"A la différence des autres villes, Paris était alertée", a rétorqué la sénatrice LR Agnès Evren, rapporteure de la commission d'enquête qui doit remettre ses conclusions à l'automne.
"Tout est odieux dans cette audition", a réagi le collectif SOS Périscolaire auprès de l'AFP, dénonçant la "victimisation des maires" de la part de Mme Hidalgo qui "a pointé la responsabilité des uns et des autres mais jamais la sienne".
Depuis le début de l'année 2026, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes, un chiffre traduisant un caractère "systémique" selon Emmanuel Grégoire, qui a engagé en avril un plan à 20 millions d'euros contre les violences sexuelles dans le périscolaire.
Sur le volet pénal, plus de 200 enquêtes sont en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, visant des personnels de ces établissements.
L.Mitchell--SMC