Climat : le Giec en crise en amont de la publication de son prochain rapport
Le groupe des experts du climat (Giec) n'est pas parvenu à s'accorder sur le calendrier de publication de son prochain grand rapport, après une semaine d'âpres discussions entre pays profondément divisés.
"La 65e session plénière du Giec vient de s'achever sans qu'un accord ait été trouvé sur le calendrier de publication du prochain rapport d'évaluation", a déploré vendredi l'ambassadeur français chargé des négociations climatiques, Benoît Faraco, présent à Addis-Abeba où se tenaient les discussions.
Dans un message sur LinkedIn, il a mis en avant des "pressions de la part de quelques pays" pour ralentir les processus de publication.
"Les éléments clés de l'ordre du jour" de cette session - le calendrier et le budget - "restent ouverts et en discussion", a indiqué le Giec dans un communiqué vendredi soir, soulignant que cette 65e session "reprendra dès que possible".
Les experts du Giec, qui travaillent sous l'égide de l'ONU, publient des rapports d'évaluation tous les cinq à sept ans, servant d'état des lieux de référence de la science climatique. Ils préparent actuellement une septième mouture mais le calendrier de publication de ce prochain rapport divise les pays.
Les co-présidents des groupes de travail ont proposé qu'il soit finalisé pour la fin de l'année 2028.
"Après une semaine de discussions difficiles, une large coalition de pays développés et en développement des cinq continents, unis dans le soutien à la science et au calendrier proposé par les scientifiques, sont parvenus à résister à la pression de quelques pays cherchant à ralentir le processus d'adoption de ces rapports", souligne M. Faraco dans son message.
Le 7e rapport d'évaluation "jouera un rôle essentiel dans l'élaboration des prochains engagements" attendus en 2028 et 2030, relève-t-il. "Cette impasse (sur le calendrier, NDLR) n'est pas nouvelle, et risque de nous faire perdre un temps précieux dans notre réponse au changement climatique", déplore-t-il.
Certains pays souhaitent que le rapport soit publié d'ici 2028 pour pouvoir informer la COP33 de l'ONU, qui doit produire le crucial deuxième "bilan mondial" des efforts climatiques réalisés depuis l'accord de Paris.
Les décideurs politiques disposeraient ainsi de meilleures informations pour prendre des mesures ambitieuses, soulignent-ils.
Mais d'autres États comme l'Inde, l'Arabie saoudite ou la Chine préfèrent que le rapport soit publié en 2029, faisant valoir le besoin de temps pour intégrer de nouvelles données scientifiques et travaux de chercheurs issus de pays en développement.
- Ne pas "instrumentaliser la science" -
"Il est inadmissible qu’une poignée de pays continuent de retarder la publication des rapports du Giec — la science dont nous avons besoin chez nous pour nous aider à sauver des vies et nos moyens de subsistance", a réagi vendredi Tina Stege, représentante des îles Marshall.
"La plénière du GIEC s'est terminée sur une absence de décision particulièrement sur le budget 2027. Le Giec est donc en état de crise!", a souligné le climatologue Robert Vautard, qui était aussi à Addis-Abeba.
Pour les tenants de 2028, "dissocier le cycle politique des Nations Unies des données scientifiques fournies par le Giec compromettrait l'effort mondial de lutte contre la crise climatique et affaiblirait la coopération internationale", avaient souligné les ministres du Canada, Chili, France, Mexique, Sierra Leone ou encore du Vanuatu dans une déclaration signée le 9 octobre par 35 pays.
"Face à l'intensification des impacts du changement climatique, il est urgent de disposer des données scientifiques les plus récentes, pour que nous puissions réduire les émissions (de gaz à effet de serre) plus efficacement et mieux préparer nos stratégies d'adaptation," a ajouté vendredi l'ambassadeur français.
"Personne ne doit instrumentaliser la science ou dire aux scientifiques ce qu'ils ont le droit de dire, ou quand ils ont le droit de le dire", dit-il encore dans son message.
Le Réseau Action Climat (RAC) s'est dit "profondément déçu" : "les parties disposaient de suffisamment de temps pour trouver un accord", selon Shreeshan Venkatesh, responsable du réseau d'ONG, présent sur place. "Reconvoquer une session dès que possible est essentiel", a-t-il ajouté.
D.Fraser--SMC