Agroalimentaire : à Paris, l'Inde affiche ses ambitions mondiales
Le riz basmati ou les épices, mais pas seulement : à la faveur d'accords de libre-échange et dans un monde en recomposition, l'Inde, en passe de devenir la quatrième économie mondiale, affiche ses ambitions à l'export pour des produits alimentaires des plus variés.
Au Salon international de l'alimentation de Paris (Sial), qui se tient jusqu'à mercredi, le pays a cette année un pavillon national et figure comme "pays partenaire", une première.
"Inde : nourrir notre futur" : proclament les calicots au long des travées de cet événement professionnel, dans le top trois de la catégorie avec Cologne et Dubaï, où plus de 220 entreprises indiennes sont représentées.
En janvier, "nous avons conclu un accord de libre-échange avec l'UE, le plus ambitieux que nous ayons signé avec aucun partenaire", dit à l'AFP Jawed Ashraf, président de l'Organisation indienne de promotion du commerce (IPTO).
"C'est le moment pour nous de commencer à mobiliser tous les efforts possibles pour tirer avantage des opportunités qu'il peut fournir", ajoute-t-il.
En matière alimentaire, l'accord, qui selon lui pourrait entrer en vigueur début 2027, réduira les droits de douane sur l'huile d'olive ou les vins européens, et en sens inverse autorisera pour l'Inde des quotas d'exportation de viande de mouton ou d'agneau, de maïs, raisins, concombres, oignons séchés...
Alors que le commerce mondial est bousculé, entre autres, par les offensives douanières de Donald Trump, le pays s'est aussi entendu avec la Grande-Bretagne, bientôt le Canada... Les discussions peinent en revanche entre Washington et New Delhi.
L'export des secteurs agricole et agroalimentaire indiens (à 55 milliards de dollars annuels, moins que la France par exemple) a une marge de progression, souligne M. Ashraf.
Outre le riz, le thé et les épices, il voudrait voir son pays sur "tous les grands segments" des produits transformés, source de plus forte valeur ajoutée.
- Maturité du marché européen -
"L'Inde a des produits formidables, répondant aux normes internationales. Nous sommes leaders dans les crevettes surgelées, dans le top 5 des producteurs de viande, nous sommes forts dans les boissons y compris les vins et alcools forts..."
Pour les producteurs indiens, "exporter est une vitrine pour le marché intérieur", immense, connecté et qui gagne en moyens, fait aussi valoir Anne Malhotra, du groupe Anju.
Responsable de ce groupe fondé par sa mère en 1988 dans le quartier indien de Paris, elle voit aussi en Europe, et notamment en France, des marchés désormais plus matures.
Ce groupe pionnier dans l'importation de produits indiens développe ainsi ses produits: liqueurs à base de rose ou de cardamome, toute une variété de lentilles ou de pois...
L'argument santé et la recherche de plats végétaux sont porteurs, tandis que de nouveaux restaurants, proposant dans les capitales européennes des currys de wagyu et autres côtelettes au tandoor, participent à "l'émulation", décrit Mme Malhotra.
Au Sial, nombre d'entreprises dépendent déjà largement de l'export.
Ainsi Pistola écoule la moitié de son beurre de cacahuète à l'étranger, en versions chocolat ou "high protein". Little India vend du riz, mais aussi des "superaliments", uniquement à l'export: chia, quinoa, graines de lin... "pour répondre à la demande mondiale".
Mais pour beaucoup aussi, les difficultés, agricoles et commerciales, se cumulent cette année.
Le business "est ralenti, du fait de la situation géopolitique", témoigne Hasnain Badami, directeur de Murtuza Foods, qui vend de l'ail et des oignons déshydratés du Gujarat.
"Cette année a été difficile", dit Ranajay Chakraborty. Ce producteur de riz, galettes pappadums et chips, qui exporte à 100% dont 20-25% au Moyen Orient, a perdu une part de son activité avec la guerre dans le Golfe.
Il espère de nouveaux débouchés en Afrique, mais "en près de 20 ans" de présence au Sial, "c'est la plus faible fréquentation" qu'il ait vue.
L'accord de libre-échange avec l'UE sera "peut-être une opportunité", espère de son côté Poonacha Kodava, qui exporte 95% de sa production de concombres et cornichons. Même si, "à cause du changement climatique" et du manque de pluie, l'entreprise anticipe cette année une chute de 40% de sa production.
A.Harris--SMC