Procès d'Olivier Bouygues pour chasse illégale: le milliardaire nie toute responsabilité
Le milliardaire Olivier Bouygues, jugé notamment pour destruction d'espèces d'oiseaux protégées sur son domaine de chasse en Sologne, a contesté lundi toute responsabilité dans des faits d'"une extrême gravité", selon le ministère public.
"J'ai d'autres chats à fouetter que de gérer au quotidien", a assuré M. Bouygues, évoquant son "choc" et sa "surprise" au moment d'être mis au courant de l'ouverture d'une enquête l'année dernière.
À la suite d’une dénonciation anonyme, les enquêteurs ont découvert sur le domaine de Fontenaille, d’une superficie de 650 hectares, situé à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret) et acquis en 2002 par Olivier Bouygues, des "cadavres d’animaux en décomposition avancée", selon un membre de l’Office français de la biodiversité (OFB), interrogé comme témoin.
Les photos d'un charnier, diffusées à l'audience, ont montré plusieurs cadavres d'animaux baignant dans leur sang, parmi lesquels des faucons crécerelles, des grandes aigrettes, des busards, des buses variables ou encore des grands cormorans.
Olivier Bouygues, 75 ans, a martelé n'avoir "jamais vu" ce charnier, tout en admettant en connaître l'existence et préférant évoquer une "fosse écologique".
- "Atavisme" -
Le milliardaire, fils de Francis Bouygues, fondateur du géant du BTP, des télécoms et des médias, comparaît pendant deux jours devant la justice avec cinq autres personnes, dont des garde-chasses et le régisseur de son domaine.
"Pour nous, la chasse est un atavisme familial (...) les chiffres ne m’intéressent pas en matière de chasse", a raconté celui qui a assisté à cette première journée le regard fermé, les bras et les jambes croisés, et dit passer "45 à 50 jours par an" dans sa propriété.
Outre les oiseaux, des chats et un écureuil roux ont été tués et les enquêteurs ont retrouvé des armes, une pelleteuse ou une centaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995, ainsi que des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions déjà réalisées depuis des années. En contrepartie, des primes d’une centaine d’euros étaient versées.
Une chasse aux animaux dits "nuisibles" décrite par un des prévenus comme "ancrée" en Sologne, deuxième massif forestier français et terrain de chasse, est très prisée des grandes fortunes.
Le régisseur du domaine, Hugo H., a lui évoqué des "pratiques ancestrales", balayant toute "destruction" en préférant parler d'une "régulation d'espèces qui menacent notre gibier ou notre poisson".
Il a expliqué avoir fait disparaître, le matin de la perquisition, certains livrets de chasse, qui recensaient les destructions et le montant des tarifs par animal chassé, "par panique".
M. Bouygues souhaitait qu'"aucun acte ou action de chasse ne ressorte du domaine", a ajouté Hugo H. "Il ne voulait pas que ça soit rendu public".
Malgré des déclarations contraires tenues en amont de l'audience par certains, tous ont nié la responsabilité de l'homme d'affaires dans les destructions, ainsi que la qualification de bande organisée.
"M. Bouygues n'était pas au courant des destructions d'espèces protégées", a dit l'un d'eux. "J'ai agi seul", a déclaré un autre.
La plupart des prévenus, dont le régisseur, ont par ailleurs rappelé avoir obtenu des certifications relatives au bien-être animal.
- "Extrême gravité" -
Le procès "illustre une situation totalement inédite" "avec des gens pétés de thunes qui s'exonèrent du respect de la biodiversité", a lancé le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg.
"J'ai du mal à imaginer que M. Bouygues ait mis sa propriété sous cloche", a-t-il ajouté.
Les faits sont "d'une extrême gravité", a affirmé la procureure de la République d'Orléans Emmanuelle Bochenek-Puren, qualifiant le signalement anonyme de "lanceur d'alerte".
Cinq des six prévenus sont présents à l'audience. Ils encourent jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 750.000 euros d'amende.
Les plaidoiries et le réquisitoire sont attendues mardi.
O.Martin--SMC