Taïwan reçoit ses deux premiers avions de combat américains F-16V
Taïwan a reçu vendredi ses deux premiers avions de combat de nouvelle génération F-16V, dans le cadre d'un accord entre les États-Unis et l'île, qui cherche à renforcer sa défense face à la Chine.
Ces appareils font partie d'un contrat de 8 milliards de dollars portant sur 66 avions, approuvé par Washington en 2019 pendant le premier mandat de Donald Trump.
Le F-16V, un avion multirôle de quatrième génération, est une version considérablement améliorée des F-16 A/B vieillissants dont dispose Taïwan, qui avait déjà modernisé 141 appareils fin 2023.
L'arrivée de ces deux premiers appareils intervient alors que Taïwan attend le feu vert de Washington pour un autre contrat d'armement d'une valeur record de 14 milliards de dollars.
Le président taïwanais Lai Ching-te a salué "une étape majeure dans le renforcement des capacités de défense aérienne de Taïwan" et remercié les États-Unis pour leur "soutien de longue date".
Le nouvel F-16V constituera "un atout précieux pour l'armée de l'air taïwanaise dans sa lutte contre la menace militaire chinoise", estime Su Tzu-yun, expert militaire à l'Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité, basé à Taipei.
Vendredi, les deux chasseurs ont atterri à 12H00 (04H00 GMT) sur la base aérienne de Taitung, sur la côte sud, a constaté un journaliste de l'AFP
Des dizaines de personnes, certaines munies de jumelles et d'appareils photo équipés de téléobjectifs, s'étaient rassemblées près de la clôture d'enceinte de la base pour assister à leur arrivée très attendue.
Kimi Chi, un commercial originaire de la ville de Taichung (centre), a voyagé toute la nuit pour pouvoir photographier l'atterrissage des appareils à Taitung.
"En termes de capacités techniques, il y aura sans aucun doute une amélioration", a déclaré cet homme de 37 ans à l'AFP.
"Mais ce qui nous manque le plus en ce moment, ce sont les pilotes. Bien sûr, j'espère que le gouvernement pourra offrir de meilleures indemnités supplémentaires à ces pilotes militaires", a-t-il souligné.
Ancien aviateur militaire, Eric Chan, 57 ans, s'est émerveillé des améliorations apportées au F-16 au cours des 30 dernières années et a lui aussi estimé que les appareils basés à Taitung "joueront un rôle défensif très important" face à la Chine.
"La menace du PCC a toujours été présente, nous devons donc absolument renforcer nos capacités de défense", a estimé M. Chan, en référence au Parti communiste au pouvoir en Chine.
- "Atout de négociation" -
La Chine revendique Taïwan, île qui dispose de son propre gouvernement, comme faisant partie intégrante de son territoire et n'exclut pas de recourir à la force pour en prendre le contrôle. Ces dernières années, Pékin a renforcé sa pression militaire et proteste régulièrement contre les ventes d'armes américaines à Taïwan.
Taïwan reste fortement dépendante de ces livraisons américaines et subit des pressions de la part de Washington pour consacrer davantage de moyens à sa propre sécurité.
Le ministre taïwanais de la Défense, Wellington Koo, avait précédemment estimé qu'il serait "difficile" de livrer tous les F-16V cette année comme prévu par le contrat, malgré l'accélération de la cadence de production par Lockheed Martin.
Les premiers appareils promis devaient initialement arriver début septembre.
Mais selon des médias locaux, les avions avaient fait demi-tour vers Hawaï peu après leur décollage en direction de Guam, sans qu'aucune explication officielle ne soit fournie.
Les États-Unis ont vendu des milliards de dollars d'armes à Taipei, dont des avions de combat, des missiles et navires de guerre, au titre de son engagement pour aider l'île à maintenir une capacité d'autodéfense suffisante.
La signature du contrat à 14 milliards de dollars encore en suspens a été reportée plus tôt cette année par Donald Trump.
Les experts estiment peu probable qu'il soit approuvé avant le sommet du G20 aux États-Unis en décembre, où le dirigeant chinois Xi Jinping et Donald Trump doivent se rencontrer pour la quatrième fois de l'année.
Un responsable américain a récemment indiqué qu'il devenait de plus en plus probable que ce contrat - incluant le système de défense aérienne Patriot - soit scindé en plusieurs lots plus modestes afin d'atténuer la réaction de la Chine.
En mai, Donald Trump avait qualifié ce contrat de "très bon atout de négociation" avec la Chine, faisant craindre que la sécurité de Taïwan ne passe au second plan.
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P.Beaulieu--SMC