Premières manifestations lycéennes d'un "acte III" sous très haute surveillance
Des milliers de lycéens ont commencé à manifester mardi dans plusieurs villes de France pour réclamer des moyens, sous haute surveillance des autorités qui ne parviennent pas à faire baisser la température après plusieurs jours de tensions.
A Marseille, un imposant cortège de milliers de lycéens, parents, profs mais aussi de nombreux syndicalistes, s’est élancé peu avant 11H00 depuis le haut de la Canebière. "Aujourd'hui je manifeste parce que j'ai peur pour mon avenir, et j'ai envie de revendiquer mes droits", a expliqué à l'AFP Selma, 15 ans, se disant "un peu en colère".
Avant même la manifestation de 14H00, à Strasbourg des lycéens, rejoints par plusieurs eurodéputés LFI, se sont rassemblés aux slogans de "la jeunesse emmerde le Front national" et "siamo tutti antifascisti".
A Nantes, un vaste cortège de plusieurs milliers de personnes, lycéens, parents ou syndicats, s'est élancé peu avant 11H00, derrière une banderole marquée "Écoles sans argent, pays sans avenir". Les manifestants, souvent adolescents, tenaient des pancartes proclamant "Jeunesse fâchée, pas facho" ou "Lancez des profs, pas des lacrymo".
Plusieurs milliers de personnes se sont élancées vers 10H30 de la place Bellecour à Lyon, en scandant notamment "solidarité avec les lycéens réprimés" ou "on est jeune, déter et révolutionnaire. Parmi les drapeaux de syndicats (CGT, FSU, Snes), d'organisations lycéennes ou de parents d'élèves, on repérait quelques partis de gauche (LFI, NPA…)
A Clermont-Ferrand, les jeunes encadrés par de nombreux parents ont commencé à manifester vers 10H00 :"Je suis là contre nos horaires de travail et les violences policières", a expliqué à l'AFP Gabriel Crosnier, 15 ans.
Pour cet "Acte III" d'un mouvement qui a démarré mi-septembre en région parisienne avant de s'étendre, la manifestation parisienne, qui pourrait compter entre 20.000 et 40.000 manifestants, devait s'élancer à 14H00. Quelques blocages ont eu lieu en amont, notamment devant le lycée Sophie Germain, et cours de Vincennes.
À Tours la semaine dernière, un lycéen de 16 ans avait perdu l'usage d'un œil lors d'un blocage, et lundi un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens.
- "proportionnalité" -
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a assuré que les interventions des forces de l'ordre depuis le début du mouvement lycéen s'effectuent dans "la plus grande proportionnalité".
De son côté le ministre de l'Éducation Edouard Geffray a parlé de "drame" et annoncé le lancement, depuis lundi soir, d'une plateforme où les élèves pourront jusqu'au 23 octobre "dire leurs difficultés et leurs attentes".
Les Écologistes ont eux appelé élus et parents à manifester en blanc "pour aller protéger nos enfants dans les manifestations".
Pierre Sourzat, président de l’association Les Lycéens! a résumé sur RMC les principales revendications des lycéens: "recruter davantage d'enseignants, baisser les effectifs par classe", un "plan d'urgence sur le bâti scolaire", des "réformes importantes de Parcoursup" ainsi que de la charge scolaire.
Pour la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, Parcoursup "fonctionne", et le supprimer serait "une solution de facilité".
Les lycéens devraient aussi recevoir mardi le renfort des étudiants. Selon l'Union étudiante, "100% des facs", hors outre-mer, sont mobilisées mardi matin.
La présidence d'Aix-Marseille Université, la plus importante de France avec ses 84.000 étudiants, a décidé la fermeture mardi de l'ensemble de ses sites universitaires.
La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, classé à gauche, a également appelé les agriculteurs à faire "converger" les "colères" et à rejoindre la mobilisation des lycéens avec leurs tracteurs.
A un peu plus de six mois de la présidentielle, élection qui verra certains des lycéens mobilisés voter pour la première fois, cette mobilisation s'étire dans un climat politique et social particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de recherches de coupes budgétaires dont certaines concernent les jeunes, comme les aides au logement.
Les forces de l'ordre seront encore mobilisées pour le nouvel épisode d'une mobilisation qui a fait plus de 700 blessés chez les forces de l'ordre et près d'une centaine chez les personnels de l'éducation, selon les chiffres officiels.
Quelque 6.059 interpellations ont été effectuées depuis le 28 septembre et plus de 5.000 personnes, essentiellement des mineurs, ont été placées en garde à vue, selon l'Intérieur. Dix enquêtes ont été ouvertes par la "police des polices" depuis le début du mouvement, selon l'entourage de Laurent Nuñez.
S.Clark--SMC