En RDC, l'ex-président Joseph Kabila prend la tête de la rébellion dans l'est
L'ex-président de la RDC, Joseph Kabila, aujourd'hui opposant sous le coup d'une peine de mort pour trahison, est désormais à la tête d'un nouveau mouvement politico-militaire qui inclut le M23, confirmant ainsi ses liens avec le groupe armé antigouvernemental qui contrôle de vastes pans de territoire dans l'est du pays.
L'annonce surprise, lundi soir, d'une union entre Joseph Kabila et le M23 soutenu par le Rwanda, intervient dans un contexte politique incertain en République démocratique du Congo (RDC), pays d'Afrique centrale à l'histoire politique agitée.
L'actuel président Félix Tshisekedi, 63 ans et successeur de Joseph Kabila, arrive au terme de son second et dernier mandat de cinq ans en 2028. La Constitution congolaise place la limite à deux quinquennats.
Or, depuis déjà plusieurs mois, la majorité présidentielle prépare l'opinion à l'idée d'une modification constitutionnelle ou d'un changement de Constitution, ouvrant potentiellement la voie à un troisième mandat pour M. Tshisekedi.
L'opposition, qui accuse le président de manœuvre visant à se maintenir au pouvoir mais peine à susciter un soutien populaire, a organisé des rassemblements de contestation en juin et en septembre. Ces manifestations dans la capitale Kinshasa et plusieurs autres grandes villes du pays ont été souvent émaillées de heurts et quasi systématiquement dispersées par les forces de l'ordre.
Les Nations Unies ont déploré "au moins un mort" lors du premier rassemblement à Kinshasa et "l'assassinat" d'un opposant a été dénoncé par l'opposition lors du second.
Joseph Kabila, dont les apparitions publiques sont rares et qui garde généralement le plus grand secret sur ses déplacements, est apparu lundi devant la presse, au côté de plusieurs hauts-responsables du M23. Il n'a pas pris la parole.
L'ancien président (2001-2019) avait lui-même tenté de prolonger son règne au-delà de deux mandats en modifiant la loi électorale. La pression de la rue et de la communauté internationale l'avaient finalement contraint à renoncer. La répression de manifestations anti-Kabila avait fait des dizaines de morts.
- "Y compris la force" -
L'annonce de la création du mouvement baptisé Front pour la refondation de la nation (FRN), présidé par M. Kabila, a été faite depuis la résidence de ce dernier à Goma, grande ville de l'est contrôlée par le M23. Les hauts-responsables du M23 et de l'Alliance Fleuve Congo (AFC), ancienne branche politique du groupe armé désormais dissoute avec la création du FRN, occupent des postes de vice-présidents.
Les membres du FRN se sont unis pour "mutualiser leurs forces, ressources et moyens" avec pour objectif de "mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens y compris la force" en RDC, ont-ils expliqué dans une déclaration politique.
Le M23 a plusieurs fois clamé sa volonté de renverser le président Tshisekedi. De son côté, Joseph Kabila a déclaré dans une allocution en ligne en mai 2025 que "la dictature doit prendre fin en RDC". Il avait ajouté qu'il était prêt à "jouer sa partition".
Après avoir quitté le pays pendant plusieurs années, il était réapparu à Goma quelques jours après ce discours. Ce retour au pays avait inquiété Kinshasa dans un contexte d'instabilité liée à l'intensification du conflit dans l'est du pays début 2025.
Sur injonction du gouvernement, son immunité parlementaire avait été levée et un procès organisé en son absence s'était soldé fin septembre par une condamnation à la peine capitale pour trahison et crime de guerre. La justice militaire avait jugé que M. Kabila était l'un des initiateurs de l'AFC.
L'est congolais est en proie à des violences depuis plus de 30 ans. Au terme d'une offensive spectaculaire en janvier et février 2025, le M23 soutenu par l'armée rwandaise s'est emparé des deux grandes villes de Goma et Bukavu, face à des forces armées congolaises dépassées.
Plusieurs tentatives de médiations pour rétablir la paix dans la région ont échoué jusqu'ici. Un accord signé en décembre par Kinshasa et Kigali, sous l'égide de Washington, n'a pas eu d'effet concret sur le terrain. Parallèlement, Kinshasa et le M23 se sont engagés en juillet 2025, dans le cadre d'une médiation qatarie, à un cessez-le-feu, qui n'est pas respecté.
D.Fraser--SMC