Conflit avec les Houthis: de nouvelles frappes font neuf morts au Yémen, six blessés en Arabie
L'Arabie saoudite et les Houthis pro-iraniens ont échangé dimanche de nouvelles frappes meurtrières, dans un conflit qui s'enlise et perturbe fortement la vie à Ryad.
Sur le sol yéménite, le bombardement par le royaume d'une maison dans la région de Saada, fief des Houthis, a fait neuf morts et au moins 16 blessés, "pour la plupart des femmes et des enfants", selon les combattants antigouvernementaux.
Et en Arabie saoudite, qui intercepte quotidiennement des drones ou missiles tirés par le camp adverse, la Défense civile a encore émis dimanche de brèves alertes aériennes dans la région de Ryad et le sud du pays.
Elle a ensuite annoncé qu'un "projectile" avait fait six blessés et des dégâts matériels dans une zone résidentielle de Najran, près de la frontière yéménite.
Dans la même région, un hélicoptère de reconnaissance s'est écrasé et les deux officiers à bord sont morts, les premiers décès annoncés de militaires saoudiens depuis la reprise des hostilités en juillet après des années d'accalmie.
La coalition dirigée par Ryad, qui soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu face aux Houthis, a pointé "une défaillance technique", mais la veille les combattants anti-iraniens avaient affirmé avoir abattu un appareil de "l'ennemi saoudien".
Ces dernières semaines, les attaques houthies contre le royaume ont pris une ampleur inédite, visant en particulier ses infrastructures pétrolières et ses aéroports.
- Ecoles et bureaux en distanciel -
Cette situation bouscule le quotidien à travers le royaume: une tour d'affaires emblématique de Ryad qui impose le télétravail, des écoles qui prolongent les cours en ligne et des vols toujours supendus à l'aéroport de Ryad.
Le 10 octobre, une frappe sur le site avait ainsi fait 13 morts et des centaines de blessés. Il est depuis fermé, sans date de réouverture annoncée.
L'enjeu est d'autant plus important qu'octobre lance généralement, avec la fin des chaleurs estivales, la saison des grands événements - conventions, divertissements - attirant des hauts dirigeants et grands patrons.
Dans la capitale, des bureaux ont fermé leurs portes: le Kingdom Centre, tour de 99 étages du centre-ville abritant en particulier le bureau régional du Fonds monétaire international (FMI), a imposé dimanche le télétravail aux employés, "avec effet immédiat et jusqu'à nouvel ordre".
- Vote du Parlement égyptien reporté -
Selon des experts, ces attaques ont mis en évidence les lacunes en matière de défense du royaume, qui investit pourtant des sommes considérables dans des équipements militaires de pointe. Et ses appels à une aide internationale, en particulier des Etats-Unis, ont pour l'instant été largement infructueux.
L'Égypte s'est cependant dite prête à lui porter assistance, et son Parlement s'est réuni dimanche en séance extraordinaire à la demande du président pour approuver ce soutien mais le vote a été reporté afin de laisser plus de temps au débat, selon des députés.
Le Caire ne "cherche pas à jouer un rôle" dans les conflits régionaux mais il lui est "inconcevable" de ne rien faire si la "sécurité et stabilité" de l'Arabie saoudite sont menacées, a déclaré samedi M. Sissi, assurant parler "uniquement de défense".
Les Houthis n'en ont pas moins appelé l'Égypte à ne pas "s'engager sur cette voie (...) qui ferait courir un grave risque à sa propre sécurité nationale".
Sur le sol yéménite, les combats se poursuivent.
En incluant la frappe de dimanche, les derniers bombardements saoudiens ont fait depuis vendredi 21 morts, et des dizaines de blessés dans le pays, selon le mouvement pro-iranien.
Accusé par l'Arabie saoudite et le Yémen d'avoir "encouragé la récente escalade", l'Iran a démenti toute implication et renouvelé sa proposition d'une médiation iranienne, laissée sans réponse par Ryad et rejetée par Aden.
L'intensification des hostilités, "ainsi que des menaces persistantes sur la navigation dans les détroits d'Ormuz et de Bab el-Mandeb", ont été au coeur d'une rencontre dimanche entre les ministres des Affaires étrangères russe et saoudien, Sergueï Lavrov et Fayçal ben Farhan al-Saoud, en marge d'un sommet à Manama, selon la diplomatie saoudienne sur X.
Et le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, est attendu dimanche soir à Ryad, en amont d'une tournée d'Emmanuel Macron dans le Golfe, pour réaffirmer le soutien de Paris au royaume, en particulier dans la protection de ses installations pétrolières.
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O.Gauthier--SMC