Pour son premier meeting sous tension, Le Pen promet une "renaissance" sans "rupture brutale"
Pas d'attaques, ni d'annonces: pour son premier grand discours de campagne dimanche à Orléans, sous haute surveillance policière, Marine Le Pen a développé son projet de "renaissance" sans "rupture brutale", et esquissé les contours d'une présidence que tous les sondages lui promettent, à six mois du scrutin.
Malgré les manifestations de la veille, malgré l'attentat raciste de Trappes survenu vendredi, "la France a de beaux jours devant elle", a affirmé d'entrée la figure de proue du Rassemblement national.
Parce qu'à ses yeux "la bataille du constat est gagnée" et que "tout le monde en France est d'accord avec nous", la cheffe de file de l'extrême droite française s'est efforcée de rassurer ceux qui redoutent son accession au pouvoir - quasiment acquise selon les sondages qui la donnent largement en tête au premier tour et gagnante dans tous les scénarios au second.
Sans se soucier de l'épée de Damoclès judiciaire qui pèse sur sa campagne, puisque la Cour de cassation pourrait rejeter son pourvoi et rendre définitive sa condamnation pour détournement de fonds publics (dans l'affaire des assistants parlementaires européens) à quelques semaines du premier tour le 18 avril.
Cette "renaissance" qu'elle promet ne serait ni une "rupture brutale", ni une "révolution destructrice", a-t-elle lancé durant son heure d'allocution à la tribune. Au contraire, elle y voit une manière de "s'élever vers le beau". Pour y parvenir, elle mise cependant sur "la puissance" et la fermeté radicale d'un programme déjà connu, notamment en matière de sécurité et d'immigration.
Mais elle a laissé les déclarations martiales à son dauphin Jordan Bardella, qui s'est chargé de souligner qu'une fois en place, il "utilisera tous les moyens légaux pour rétablir l'ordre et protéger les honnêtes gens".
Marine Le Pen, elle, a réaffirmé sa volonté d'en faire son Premier ministre en cas de victoire, à la tête d'un gouvernement qu'elle souhaite "d'union nationale". Justement, leur allié Eric Ciotti venait de vanter cette "union pour la France" et d'appeler ses "anciens amis" des Républicains à "revenir à la maison".
- Incident en tribunes -
Les deux lieutenants ayant copieusement fait huer tous ses adversaires, Marine Le Pen s'est abstenue de "donner des noms" en pâture. Ce qui ne l'a pas empêchée de mettre dans un même sac les ennemis de sa "renaissance": les "obscurantismes" de l'islamisme, des antifascistes, des Insoumis et des écologistes.
Un dispositif qui avait permis la veille de tenir à l'écart les 13.000 à 26.000 manifestants venus dénoncer la tenue du congrès du parti à la flamme. Et qui a encore empêché une centaine de militants antifascistes d'approcher du lieu du meeting.
Une poignée d'activistes ont néanmoins réussi à se glisser dans la salle, déployant une banderole ciblant Jordan Bardella, réélu la veille à la tête du parti: "Le racisme et l'antisémitisme ça ne dérange pas le RN, au contraire". Allusion aux révélations de Mediapart sur des écrits de jeunesse antisémites attribués au dirigeant nationaliste - qui a porté plainte pour diffamation.
L'action, revendiquée par l'Union des étudiant juifs de France (UEJF), a immédiatement donné lieu à une altercation avec le public, puis à une intervention musclée du service d'ordre du RN, qui a également fait sortir de la salle un journaliste de Mediapart présent à proximité.
Déjà pris à parti la veille lors du congrès, les journalistes du site d'investigation ont choisi de quitter les lieux, estimant que leur sécurité n'était "pas assurée dans cet endroit". L'UEJF a pour sa part annoncé une plainte pour violences en réunion.
En réponse, Jordan Bardella a accusé "des militants d'ultragauche, qui se revendiquent de l'UEJF" d'être "venus accompagnés de Mediapart pour agresser et attaquer des militants".
L'incident n'a pas fait dévier Marine Le Pen du message qu'elle était venue délivrer. Pas même quand elle a fait l'éloge de la "civilité", autre pilier de sa "renaissance". Un remède à "l'ensauvagement", a-t-elle affirmé. Mieux, "le chemin le plus sûr pour faire reculer la violence dans notre société".
P.Graham--SMC